Formation des enseignant-es : le gâchis s’inscrit dans la durée !

lundi 24 juin 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Le dossier de la formation des enseignant-es (FdE) illustre le niveau de renoncement du gouvernement de F. Hollande et son refus de mettre en œuvre le véritable changement.

La mise en place des ÉSPÉ (écoles supérieures du professorat et de l’éducation), selon des modalités et un calendrier aberrants, est symptomatique d’une politique social-libérale qui cache ses objectifs derrière la rhétorique du changement. Sous couvert de réintroduction d’une formation professionnelle des enseignant-es dont tout le monde avait dénoncé la suppression lors de la réforme de la « mastérisation » de 2009, c’est en fait à une décentralisation et à une dérégulation accrue que conduit la nouvelle réforme de la FdE.

L’autonomie comme moyen de dérégulation

Le dogme de l’autonomie, véritable fil rouge des politiques menées dans les universités depuis 10 ans, implique, pour la FdE, la construction de nouvelles structures, les ÉSPÉ, dont la réalité sur le terrain dépendra des rapports de force dans chaque académie entre le rectorat et les universités ou entre les universités elles-mêmes.

Pourquoi cette logique de concurrence entre les différents acteurs ? La réponse réside dans l’autonomie et les conséquences qu’elle implique : les universités sont dorénavant responsables de l’exécution de leur budget global, lequel comprend la masse salariale qui en constitue au moins les 2/3. Or, comme les universités sont directement touchées par les mesures d’austérité décidées par le gouvernement – elles gèlent des centaines de postes d’enseignants pour tenter d’équilibrer leur budget – l’inscription des étudiant-es devient un enjeu majeur puisque le financement par l’État en dépend directement.
Les arbitrages rendus par les universités, pour des motifs essentiellement budgétaires, ont donc des conséquences directes sur la qualité de la formation : volumes horaires en baisse, prise en compte insuffisante des suivis de stage, fermeture des masters à faible effectif, etc.
Du côté de l’employeur (Éduc. Nat.), la même logique libérale conduit à utiliser les stagiaires comme moyens d’enseignement, sous forme de contractuels l’an prochain, avec un mi-temps d’enseignement les années suivantes, tout en prétendant permettre aux étudiant-es d’achever leur master.

Une rentrée pleine d’incertitudes !

Pour les étudiant-es, la situation à la prochaine rentrée s’annonce donc particulièrement opaque : outre le problème de la création des ÉSPÉ le 01/09/13 ou peut-être le 01/01/14 et les incertitudes liées aux délais de publication des décrets des lois Peillon et Fioraso, se pose concrètement le problème de l’ouverture de certaines formations. La plupart des universités ont annoncé qu’elles n’ouvriraient pas de master enseignement en deçà de certains seuils d’inscrits, mais comme il n’existe aucun cadrage national des formations proposées, personne ne connaît la carte des masters qui seront réellement ouverts. ●

Pierre-Emmanuel Berche, Mary David, Vincent Charbonnier


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