Mayotte : vers une victoire historique ?

dimanche 19 mai 2013  | 

Le 1er mars 2013, Mayotte a fêté sa deuxième année en tant que département. Pourtant, l’île est « française » depuis plus longtemps que Nice et la Savoie… Malgré cette transformation en département, l’ensemble des services publics, et particulièrement l’Education Nationale, est dans un état de délabrement profond.

Pour l‘éducation nationale, en 2012, la dépense budgétaire annuelle de l‘Etat par Mahorais s‘élève à 3 613 € (5 403 € en Guadeloupe, 6 425 € en Guyane, 5 570 € en Martinique, 5 056 € à La Réunion, 12 684 € à Saint-Pierre et Miquelon). Un journal local indiquait en mars dernier qu‘en 2010, l‘Etat a dépensé 7 140 euros en moyenne par élève en métropole et près de 3 200 euros par élève à Mayotte.

Pourtant, le département compte près de 85 000 élèves. Aux évaluations nationales CE1 et CM2, 77 % des élèves ont des lacunes en français et en mathématiques (au niveau national entre 20 et 25 %) et à peine 15 % d‘une tranche d‘âge obtient le bac (65 % au niveau national). Mais comment faire réussir cette jeunesse nombreuse lorsqu‘il manque 600 salles de classes en primaire (les enseignants travaillent en rotation, une semaine 5h30 de suite la matinée à partir de 7h00, la semaine suivante l‘après midi à partir de 12h30), lorsque 95 % des écoles n‘ont pas l‘agrément de la commission hygiène et sécurité, lorsqu‘aucun matériel pédagogique n‘est livré aux enseignants par des municipalités toutes en faillite, lorsque plus de 1000 enseignants premier degré et second degré sont contractuels sans formation ?

Quant aux enseignants du premier degré, ils ne peuvent bénéficier ni des permutations informatisées, ni du complément de rémunération (nommée ici « Indexation ») comme dans tous les autres départements Outre Mer.  Devant les carences structurelles, l‘abandon, voire l‘opposition, de l‘Etat et des collectivités territoriales, ce sont ces mêmes enseignants du premier degré qui ont relevé le défi pour un traitement équitable des fonctionnaires et l‘installation d‘une véritable école pour tous.

Avec le SNUipp/FSU, représentant 80 % des collègues, des nombreux mouvements de grèves illimitées ont été menés durant ces dernières années. Ecoles fermées, manifestations, occupation du vice rectorat, opération massive de communication auprès des médias de l‘île… Nombreuses furent les actions des militants et des collègues : un investissement dur mais constant. L‘« indexation »1 des salaires pour les fonctionnaires, symbole d‘un combat pour l‘égalité et la dignité, est enfin au rendez-vous. Après avoir amené (de force) les candidats à la présidence à s‘engager sur cette mesure, les mouvements du début d‘année scolaire 2012 ont permis d‘amener un engagement du gouvernement sur son application mais également sur son effet rétroactif à partir du 1 janvier 2013 ! L‘égalité est donc enfin au rendez-vous, le combat continue pour l‘équité !

Au mois de mars 2013, c‘est la quasi-totalité des écoles qui fermaient pour une durée indéterminée afin de pousser le gouvernement à ouvrir les négociations concernant le taux, taux qui se doit de prendre en compte les difficultés propres à Mayotte et l‘équité entre les autres départements d‘Outre mer. Dans les manifestations massives qui ont eu lieu, se sont joints aux cortèges toutes les autres fédérations syndicales et les trois corps de la Fonction publique. Autour de la FSU et du SNUipp, une plate forme commune est enfin rédigée. Le gouvernement a engagé les négociations les 24 et 25 avril. Mais ces premières propositions sont très en deçà de la plate-forme de l’intersyndicale. La mobilisation se poursuit donc !

Dans le même temps, le SNUipp Mayotte et ses militants, forts d‘une base engagée, réactivent les dossiers des constructions scolaires et des conditions de travail déplorables des personnels et des élèves. ●

Stéphane Miaux, SNUipp Mayotte

1) Majoration de rémunération au vu des conditions de vie spécifiques à ce département, comme dans les autres DOM

Quelques chiffres parlants

Pour 210 000 habitants, Mayotte compte 35 200 emplois salariés, dont 15 000 dans la fonction publique, et 37 000 sans-emploi. Le taux d’activité s’établit en 2009 à 41 % de la population (Métropole 70 %, 60,5 % à La Réunion, 57,1 % en Guyane)
Le PIB/habitant s’élève à 6 200 € alors qu’en métropole, il est de plus de 30 000 € ; St Pierre et Miquelon et Nouvelle Calédonie plus de 25 000 € ; Martinique, Guadeloupe, Réunion, Guyane, Polynésie française plus de 15 000 € .
Sur la période janvier 2007/août 2011, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 27 % (à la Réunion + 16 % et en France métropolitaine + 9 %).


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