« Populisme au féminin »

dimanche 19 mai 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Fin mars, les journées intersyndicales femmes ont rassemblé plus de 400 participant-es. La première journée fut éclectique : un thème femmes et austérité, avec deux intervenantes grecque et portugaise, et une thématique « Corps, images de soi, publicités sexistes » avec Christine Bard (auteure d’« Une histoire Politique du pantalon ») et le collectif contre les publicités sexistes. Le lendemain fut consacré à « Stéréotypes et freins à l’égalité professionnelle » et à une projection du film « Populisme au féminin », suivi d’un débat sur l’extrême droite. Nous rendons compte du débat concernant « Femmes et extrême droite en Europe ».

Réalisé par trois jeunes journalistes, Marco La Via, Hanna Ladoul et Matthieu Cabanes, ce documentaire a été projeté lors des journées intersyndicales femmes des 25 et 26 mars. Le sociologue Sylvain Crêpon participait également au débat qui a suivi.
On assiste en Europe à un renouveau des partis d’extrême-droite, sorte de « reelooking ». Confier le leadership à une femme participe de cette stratégie. Le film fait ainsi le portrait de six cheffes de partis : ‪Pia Kjærsgaard‬, Parti populaire danois ; Céline Amaudruz, UDC ; Siv Jensen, Parti de progrès norvégien ; Anke Van Dermeersch, Vlaams Belang ; Krisztina Morvai, Jobbik hongrois ; Marine Le Pen, Front national. Toutes ont l’idéologie identitaire… et la chevelure blonde !

Une femme à la tête du FN

En France, Jean-Marie Le Pen représentait l’extrême-droite raciste, sexiste, homophobe et son électorat est resté très majoritairement masculin. En 2012 en revanche, les femmes ne sont plus réticentes à voter FN : le parti a maintenant à sa tête une femme active, à la réputation de fêtarde, gay-friendly, divorcée deux fois, bref assez éloignée de l’image traditionnelle de la femme associée à l’extrême-droite. Si le discours du parti a évolué, son programme ne contient toujours aucune mesure en faveur de l’autonomie et de la liberté des femmes. Quand il est question d’elles, il est question de famille, de natalité. Jean-Marie Le Pen disait « Il est ridicule de penser que le corps des femmes leur appartient, il appartient à la nature et à la nation ». En 1990, les mères doivent pouvoir se consacrer à leur famille à plein temps (programme rédigé par Mégret). En 2012, le discours se modernise un peu en revendiquant un revenu familial permettant aux mères OU aux pères de rester à la maison.

L’enjeu est d’attirer des jeunes femmes qui ont bénéficié des combats féministes, mais qui n’ont aucune mémoire de ces luttes. Pour elles, l’égalité, la contraception, l’avortement vont de soi. Elles ne savent pas que Le Pen était aux côtés des catholiques intégristes contre l’IVG. Sa fille, elle, ne remet pas en cause la loi Veil, mais veut dé-rembourser les avortements « de confort », expression scandaleuse ! Il y a toute une stratégie pour concilier la vieille garde et la nouvelle. Le FN inverse le discours sur la liberté, il parle du « libre choix des femmes de ne pas avorter ». Et les féministes sont toujours raillées…

L’identitaire comme alpha et omega

Selon le FN, les droits de l’Homme, et donc ceux des femmes, seraient une « émanation naturelle des fondements de la culture occidentale chrétienne ». Ce discours fonctionne en rejetant le politique. Y dominent le différentialisme culturel, l’irréductibilité entre l’autre et le même, et l’exclusion de tout métissage. Le christianisme serait la seule religion à faire la distanciation entre le temporel et le spirituel, alors que les arabo-musulmans
- et eux seuls- seraient sexistes, passéistes, patriarcaux… C’est significatif de la restructuration du FN, tout se décline à travers la thématique identitaire : préférence nationale en matière économique, allocations familiales réservées aux Français-es, etc.

Le défi à relever est de proposer un discours à même de contredire celui du FN et en particulier d’insister sur la distinction entre islamisme et islam, de ne pas tomber dans le piège de l’anti-religion primaire. Il faut retrouver une dynamique de luttes sociales, notamment autour des questions féministes, pour contrer la volonté de l’extrême-droite de redéfinir tout le système politique autour de la question identitaire et promouvoir l’internationalisme au lieu de la « solidarité ethnique ». Le danger n’est pas le cosmopolitisme, mais bien la mondialisation libérale. Et c’est sur le terreau de la crise que l’extrême-droite prospère. Il est urgent de renouer avec les classes populaires qui vivent la casse sociale au quotidien (femmes désespérées et dépolitisées, jeunes perdant-es de la mondialisation), et qui ne se sentent plus représentées par les partis de gauche. Il faut également donner une vraie place aux femmes et aux jeunes en politique, ce que le FN a parfaitement compris et qu’il met en avant pour lisser son image. ●

Cécile Ropiteaux

Populisme de droite, comme de gauche ?

Sur les amalgames entre populisme de droite et populisme de gauche, Sylvain Crêpon répond que tout dépend de la définition qu’on a du peuple. A gauche, on considère le peuple en tant que demos, le peuple citoyen. A droite, c’est le peuple en tant qu’ethnos, la race, on parle d’ailleurs d’ethno-populisme, ou de national-populisme.


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