L’EX nuit gravement à la recherche !

vendredi 29 mars 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Comment va-t-elle ? Elle va mal, la recherche… De mal en pis ? Le couple Sarkozy-Pécresse a laissé un champ de ruines. Hollande-Fioraso persistent et signent…

Des crédits de fonctionnement réduits à peau de chagrin, un financement des laboratoires et des équipes non assuré de façon pérenne, mais dépendant prioritairement des subsides obtenus auprès des organismes privés et des réponses aux appels d’offres divers de l’État, notamment ceux passant par l’Agence Nationale de Recherche (ANR). Ces projets suivaient des thématiques prédéfinies par le gouvernement, permettant un pilotage au plus près de la recherche pour l’orienter prioritairement vers des objectifs à retombées économiques à court ou moyen terme. Pour parfaire le dispositif, le gouvernement Sarkozy avait ajouté la dépossession des instances scientifiques des organismes de recherche de leur mission d’évaluation des laboratoires en créant une instance spécifique, entièrement nommée, l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES), éliminant la participation d’évaluateurs élus par les personnels. Cerise sur le gâteau, était introduite la notion de Laboratoires et Instituts d’excellence, les « EX » comme on dit (LABEX, IDEX. Cf revue ÉÉ n° 28). Enfin, la concurrence (plus que la coopération) était encore encouragée au niveau individuel par la création d’une Prime d’Excellence Scientifique (PES). Et pour finir, le fonctionnement sur projets, joint à la pénurie massive de postes statutaires, a eu comme effet pervers de générer un nombre croissant de précaires. En effet, le fonctionnement même d’un projet ANR implique de recruter pour sa durée, généralement 2 à 3 ans, des « petites mains », au service des chefs de projets…

Le changement, c’est maintenu ?

Dés le discours de Hollande à Nancy, en période pré-électorale (5 mars 2012), on était fixé : la LRU serait « réformée », pas abrogée. On ne devait que « recentrer les missions de l’Agence nationale de la recherche sur les priorités nationales, les projets émergents et les projets inter- disciplinaires ». Le futur président annonçait, pourtant : « je reviendrai sur l’évaluation et donc sur le fonctionnement de l’AERES, trop complexe, trop opaque ».

Qu’en est-il ? Commençons par l’évaluation : on s’est félicité de la suppression de l’AERES… Mais c’est pour se retrouver avec… un Haut Comité (HCERES) dont tant la composition que les missions et le mode de fonctionnement en font une AERES bis.

Les structures d’excellence perdurent et des « fondations de coopération scientifique » se mettent en place dont un fleuron est l’opération « Saclay »… Une opération pharaonique prévoyant le déménagement de près de 100 000 personnes sur un plateau singulièrement dépourvu dans un avenir proche de transports en commun adaptés, sans justification scientifique réelle, qui coûtera en pleine austérité… un milliard d’euros ! La PES est maintenue. Et, symbole des symboles, le projet Fioraso fait de sa contribution à l’économie la justification essentielle de l’activité de recherche, au détriment de son rôle premier : la libre production des connaissances.

Et le budget ? C’est très simple : le Crédit Impôt Recherche, véritable cadeau au patronat le plus souvent sans retour, dont même la Cour des Comptes conteste l’utilité, est maintenu. Aucune loi de programmation budgétaire n’est annoncée et, fait significatif montrant le reniement des engagements à sanctuariser les budgets de la recherche, un « surgel » récemment décrété par Cahuzac touche l’ESR à hauteur de 250 millions d’euros…

Quant à l’ANR, rien n’est prévu pour sa disparition, le plus grand flou entourant ses futures missions (même si elle a cette année moins d’argent). Et rien n’est prévu pour résorber la précarité qu’elle a créée. De plus, des licenciements de personnels précaires suivront les baisses de financement ANR, puisqu’il n’y a pas de création d’emploi titulaire en contrepartie ! L’application même de la Loi Sauvadet, pourtant insuffisante, est renvoyée aux organismes (CNRS, INSERM) qui, faute de budget, n’intègrent qu’au compte goutte : en fait, la précarité scientifique risque de croître encore dans les années à venir. Or, les syndicats avaient estimé qu’il fallait créer 5 000 emplois par an pour résorber cette plaie, ce qui est parfaitement possible en récupérant la moitié du CIR et en arrêtant certaines opérations pharaoniques. Le gouvernement Hollande a choisi… ●

Gérard Chaouat


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