Cette société ne va pas très bien !

vendredi 30 mars 2007  | 

 Cette société ne va pas très bien ; au cours de ces deux dernières années, encore plus, toujours plus d’acquis, de droits, ont été attaqués, battus en brèche. Tout ce qui est de l’ordre de la protection sociale des salariés a fait l’objet d’attaques sans précédent. Il y a deux ans, lors du dernier congrès, nous parlions déjà d’un gouvernement de « guerre sociale » et nous ne nous étions pas trompés. Dans cette société libérale, les coups pleuvent, et touchent d’abord les plus démunis : on assiste à une paupérisation de la population : étudiants pauvres, travailleurs pauvres, de plus en plus nombreux. Récemment, les « enfants de Don Quichotte » ont rappelé qu’il y avait des mal logés, et des sans logement. Crise du logement, mais aussi crise de l’emploi : un emploi de plus en plus précaire, avec des temps partiels imposés, des contrats de très courte durée, des licenciements de masse (même lorsque les entreprises font de très gros profits), un chômage important, notamment chez les jeunes, mais qui touche aussi d’abord les femmes, les classes populaires, les populations issues de l’immigration… Et comme si cela ne suffisait pas, ce gouvernement a mis en place des dispositifs de contrôle des chômeurs : contrôlés, sanctionnés, voire radiés, les chômeurs disparaissent des chiffres, et le gouvernement fanfaronne sur la prétendue baisse du chômage…

Côté « code du travail », Il veut donner le coup de grâce au CDI et, en refusant de remplacer les départs à la retraite des fonctionnaires, en banalisant les contrats précaires dans le service public, il veut à terme ouvrir tous les services publics à la concurrence.

Notre société va mal, elle va même très mal : les sans papiers sont menacés d’expulsion, ils vivent dans la peur quotidienne d’une reconduite à la frontière, parce que le ministre de l’intérieur règle leur destin en terme d’objectif chiffré : en 2006, il lui fallait 25000 expulsions, en 2007, c’est toujours plus, il s’est fixé 27000 ! Et sans l’action du RESF, de l’engagement des personnels de l’éducation dans toutes ces actions, l’objectif serait peut-être atteint.

Droits des salariés du privé, droits des étrangers, droits des fonctionnaires, ouverture à la concurrence de secteurs entiers auparavant monopole de service public, ce gouvernement est en train de briser les liens de solidarité dans notre société. Et dans tout cela, le service public d’éducation, service public garant de l’égalité, fait l’objet d’attaques frontales.

 Dans l’éducation, le contexte est extrêmement dégradé depuis le dernier congrès : La loi Fillon représente un véritable « tournant » pour l’école, avec le socle commun pour ambition, le PPRE comme seule réponse à la difficulté scolaire, l’article 34 qui prône l’expérimentation, la déréglementation tous azimuts…. Du côté des personnels, ces deux années ont accumulé des attaques d’une gravité inégalée : De Robien a tenté d’imposer ses remplacements à l’interne, aujourd’hui il entend modifier les statuts et les missions en réécrivant les décrets de 50. Allongement du temps de travail, perte de salaire, dénaturation de nos missions : ce ministre a déclaré la guerre aux personnels de l’Education !

Et De Robien ne se limite pas aux attaques envers les personnels : il s’en prend aussi aux élèves, en limitant les droits des uns et des autres : pour les uns, apprentissage junior à partir de 14 ans ; pour les autres, (et ce sont souvent les mêmes !) réforme des ZEP, mise en place des EP1… Ce n’est même plus une école à deux vitesses, celle de ce ministre, c’est une école du tri social, où le collège est une véritable « gare de triage », où les EP1 deviennent peu à peu des écoles de pauvres…

 Face à cette société, à ses injustices, à ses inégalités, les réponses ont été nombreuses, des réponses qui ont pris la forme de luttes, de mouvements sociaux… D’abord, au printemps 2005, ce sont les lycéens qui ont mené la bataille contre la loi Fillon ; la mobilisation de plusieurs mois a permis d’emporter le « NON » au TCE ; des luttes locales, très dures, très déterminées ont vu le jour à l’automne, comme la mobilisation de la RTM ou de la SNCM à Marseille ; la révolte des jeunes en banlieues, même si elle n’a pas été relayé dans le reste de la société – et c’est un manquement grave de la gauche et du syndicalisme au sens le plus large de ses termes -, toujours est-il que ce mouvement a témoigné d’un profond malaise, et dans le même temps de la volonté d’en finir avec les discriminations dont souffre toute une partie de la population. Une autre jeunesse a emboîté le pas, au printemps 2006, et lutté contre la précarisation de l’emploi en rejetant le CPE ; ce formidable élan a permis de renouer avec l’unité syndicale la plus large, et a entraîné l’adhésion et le soutien d’une grande partie de la population… Cette victoire est importante à plus d’un titre : une première victoire depuis longtemps, qui permet de retrouver confiance en la lutte ! Par ailleurs, c’est une fissure dans tous les autres dispositifs de précarisation de l’emploi, et on a un CNE aujourd’hui bien mal en point, sans doute grâce à la mort de son petit frère…

Dans l’éducation, l’année a été riche en actions : à la rentrée, le 28 septembre, puis le 18 décembre avec une grève majoritaire (ce qui ne s’était plus vu depuis 2003), une manif à Paris le 20 janvier, une nouvelle grève majoritaire le 8 février, et enfin une grève le 20 mars aux résultats tout à fait satisfaisants compte tenu des conditions particulièrement difficiles : à l’approche des élections présidentielles et en l’absence d’unité… Et en entendant la semaine dernière la plupart des candidats à l’élection présidentielle dire que, finalement, ils pensaient bien abroger le décret de Robien, on pouvait tous se dire qu’on avait réussi notre pari de s’inviter dans le débat électoral et de peser sur les programmes des uns et des autres. Mais ne soyons pas naïfs ! Ce que les uns et les autres nous accordent aujourd’hui généreusement parce qu’ils draguent les voix des profs risque d’être oublié, sitôt les élections passées. On sait ce que peuvent valoir les promesses électorales. La seule garantie que l’on puisse avoir, c’est celle que nous donnera notre propre mobilisation. C’est pourquoi dès aujourd’hui affirmons-le haut et fort : nous resterons mobilisés pour défendre nos revendications ! Avant comme après les élections, la lutte continue !

 Notre vision du syndicalisme passe en effet par notre volonté de conduire les luttes, mais elle ne néglige pas pour autant la défense des personnels, car les deux sont liées : défense collective et individuelle. C’est à ce titre que nous devons tout faire pour que les commissions paritaires demeurent des espaces de travail et de concertation où les délégués du personnel font entendre leur voix ; malheureusement, c’est de plus en plus difficile, même si la compétence et le dévouement de nos commissaires paritaires est indéniable, parce qu’avec la décentralisation et la réforme de l’état, l’arrogance de l’administration qui ne respecte pas toujours les textes de loi, les instances paritaires ont tendance à ne devenir que des chambres d’enregistrement des décisions prises par les recteurs. Seuls des personnels mobilisés peuvent battre en brèche des décisions présentées comme administratives, mais en réalité très politiques : mouvement national, notation administrative, action sociale, traitement des collègues en difficulté…..C’est le sens du paritarisme que nous défendons.

Et cette défense individuelle des collègues, c’est aussi dans les établissements scolaires que les militants et militantes du SNES la mènent. Car oui, nos conditions de travail se dégradent, la pression hiérarchique devient de plus en plus forte, les cas de harcèlement sont de plus en plus nombreux, les réformes usent et fragilisent les collègues, fragilisent les liens sociaux dans les établissements scolaires. Alors, c’est vrai : défenses individuelle et collective sont liées. Car sans défense collective, sans luttes politiques, le syndicalisme n’est rien.

Il faut tenir le cap des luttes et des résistances, pour ne pas glisser, peu à peu, vers un syndicalisme d’accompagnement. On dit que le SNES est le syndicat qui dit toujours « non » : mais comment pourrait-il dire « oui » quand il s’agit de dynamiter les ZEP, de torpiller les statuts, de détruire les missions de l’école ? A l’EE, nous sommes fiers que le SNES ait le courage de dire « non », courage que d’autres organisations n’ont pas. Et au sein des instances, nous tentons de peser, à chaque fois que nécessaire, pour que le SNES s’engage dans la lutte, comme nous l’avons fait par exemple au sujet de la grève du 24 novembre 2005, ou de celle du 18 décembre 2006.

Pourtant, même si le SNES a su répondre, durant ces deux années, par l’action, à chaque coup porté, il n’a pas su pour autant construire une riposte plus globale, à même de répondre à la cohérence des attaques : c’est vrai, les personnels du second degré sont malmenés, notamment, à travers les statuts et les suppressions de postes ; mais s’en tenir aux attaques contre le second degré montre les limites de notre syndicalisme : nous le savons tous, aujourd’hui, ce n’est pas la peau du second degré que veut le gouvernement : c’est la peau de tout le système éducatif, de tout le service public ! Si nous voulons construire un mouvement qui permette de faire valoir nos valeurs pour l’école, c’est avec la FSU que nous devons mener les batailles, et avec l’ensemble des personnels de l’éducation nationale, les usagers : jeunes et parents. Au SNES, nous n’avons pas toujours conduit les actions dans ce sens, durant ces deux ans, et nous devons faire mieux à l’avenir.

Car le syndicalisme, c’est l’outil qui doit permettre de mettre un coup d’arrêt aux politiques libérales ; pour cela, le syndicat ne doit rien exclure, aucune force, aucune sensibilité : nous défendons l’idée qu’il faut promouvoir le pluralisme, à tous les échelons du syndicat, en respectant les minorités, en leur donnant des espaces d’expression, et en ne pratiquant aucune exclusive contre l’une ou l’un, sous le prétexte qu’il ou elle n’appartiendrait pas à la « bonne » sensibilité ou tendance. A l’extérieur, nous devons favoriser les formes d’organisation qui permettent à tous de participer à la lutte, et ne pas craindre les assemblées générales, les collectifs, tous ces lieux où elle se construit. Le SNES, en tant que syndicat majoritaire, doit rester au plus près des personnels, dans les AG, dans les S1, sur le terrain : il faut relancer l’activité syndicale à tous les échelons, et pour cela, le SNES doit réfléchir aux conséquences pour le syndicalisme du renouvellement de la profession, s’engager lui aussi à favoriser le renouvellement de ses militants, et permettre la représentation des femmes dans ses instances, à tous les niveaux de ses instances.

Pour être entendus des collègues, pas question de rester sur la défensive ; au contraire, le SNES doit porter un vrai projet éducatif, car oui, une autre école est possible ! Une école qui permette à tous les élèves, quelle que soit leur origine sociale, d’obtenir un diplôme, d’avoir une culture commune la plus large possible, de faire des activités sportives, d’être accompagné dans leur scolarité par des personnels formés. Aujourd’hui, dans notre congrès, il s’agit de construire un vrai projet pour le second degré : un second degré qui offre à tous les élèves du soutien scolaire, qui refuse l’orientation précoce, qui permette d’accéder à l’issue du collège à des formations. Une école pour tous les élèves, avec les mêmes droits, avec l’ambition la plus haute, et sans sélection. Et même si cet objectif nous paraît lointain, parce que la situation actuelle est considérablement dégradée...nous ne devons pas pour autant renoncer à nos ambitions, qui ne relèvent pas de l’utopie, mais seulement de la justice sociale...nous ne devons pas nous soumettre à cette réalité-là, et au contraire, nous devons, plus que jamais, la combattre. Et c’est aussi le cas pour la situation des personnels : nous menons toutes les batailles pour leur défense : nous refusons le pouvoir grandissant des chefs d’établissement, nous défendons le statut des collègues, nous combattons la précarité. Parce qu’il nous faut une autre école qui se donne les moyens de ses ambitions tant au niveau de ce qu’elle offre aux élèves qu’au niveau de ses personnels.

Une autre Ecole dans une autre société, celle qui ne fera pas le jeu du libéralisme. Le projet dont nous avons dessiné les contours au congrès de la FSU, une société, dans laquelle chacun, chacune, aura les mêmes droits que son voisin, quelle que soit sa couleur de peau, son quartier, son sexe, sa sexualité. Une société dans laquelle les jeunes pourront être autonomes grâce à une allocation, où le SMIG sera revalorisé et les retraites et pensions autre chose que peau de chagrin, dans laquelle des stagiaires ne remplaceront pas des salariés en CDI pour permettre aux entreprises de faire toujours plus de profits, dans laquelle la santé ne sera pas une marchandise …. Une société qui en finisse avec l’exclusion ; exclusion des étrangers, reconduits à la frontière à la suite de véritables rafles, mais exclusion aussi des étrangers en situation régulière qui se voient refuser les droits d’un simple citoyen : oui, et pour ne pas les exclure, nous défendons, à l’EE, le droit de vote des étrangers à toutes les élections, car cela nous semble juste. Une société qui ne prône pas la création d’un ministère du racisme, qui ne se sert pas de la peur de l’autre pour faire passer des politiques sécuritaires qui n’ont pour objet que la surveillance généralisée, qui ne construise pas des prisons pour mineurs au lieu d’ouvrir des écoles et qui n’organise pas le fichage systématique de toute la population, en commençant par les catégories les plus fragilisées socialement. Une société qui n’adopte pas comme règle la précarisation (de la vie, de l’amour, de l’emploi) : dans l ’Education, on nous invente le CDI, autrement dit on crée la possibilité de licenciement économique, mesure inédite jusque-là... à l’EE, nous pensons qu’il est temps, grand temps de dire stop : titularisation de tous nos collègues précaires, il n’y a pas d’autre solution pour en venir à bout, ayons enfin ce courage !

Pour que cette société, pour que cette école voient le jour, ne lâchons rien : nous sommes à quelques semaines des élections présidentielles, et nous avons tout fait, depuis des semaines, pour profiter de cette échéance pour mettre sur le devant de la scène nos ambitions pour l’école, nos valeurs en terme d’éducation. Alors, poursuivons dans ce sens, mais sans illusion, et sans leurrer nos collègues. Car nous le savons bien : c’est dans la lutte, dans la rue, dans les grèves et à travers les mobilisations que nous pèserons réellement sur les choix politiques à venir. Alors, ne lâchons rien, travaillons à l’unité et construisons un mouvement de fond.

Nous sommes persuadés que ce congrès sera riche de débats, dans le respect de toutes et tous, la situation l’exige : alors, nous souhaitons à toutes et à tous un bon congrès !


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