Pour les femmes, l’austérité, c’est toute l’année !

vendredi 21 juin 2013  | 

(Voir la note en bas de l’article [1])

« Le féminisme ce n’est pas combattre que le patriarcat, mais aussi le capitalisme. Car le capitalisme crée les inégalités notamment au travail, où les femmes sont les moins rémunérées et les moins valorisées. Il y a donc deux systèmes à combattre de front. » Magda Alvès (marche mondiale des femmes du Portugal)

Le 9 Juin 2013, une manifestation à Paris réunissant plusieurs centaines de personnes a rappelé combien les politiques d’austérité sont également des politiques sexistes qui ne font qu’aggraver la situation précaire des femmes, à tous les niveaux.

C’est un appel de femmes issues des milieux féministes, associatifs, syndicaux et politiques qui a lancé cette marche. Dans le cadre des mobilisations européennes contre l’austérité, la nécessité de rendre visibles les conséquences désastreuses que peuvent avoir les mesures prises par nos gouvernements s’est accrue. Les femmes subissent de plein fouet les politiques d’austérité dont les effets sont immédiats en termes d’emplois, de services publics, d’accès aux soins.

« Dans les périodes de récession, les personnes déjà menacées de pauvreté, en majorité des femmes, sont encore plus vulnérables »  [2]

Les femmes trinquent
Les smicards sont des smicardes, la pauvreté se conjugue au féminin : 25% des femmes sont au SMIC contre 8% des hommes, 7 travailleurs pauvres sur 10 (au total 3,7 millions) sont des travailleuses et les femmes touchent en moyenne 900 euros de retraite contre 1552 euros pour les hommes  [3]. L’annonce médiatique de sanctions pour deux entreprises qui n’avaient pas respecté ou rendu un plan d’action sur l’égalité professionnelle n’a pas amélioré la réalité du travail des femmes : temps partiel imposés, horaires morcelées, emplois féminisés sous payés. La politique de flexibilité du marché du travail et les derniers accords signés ne font que fragiliser les femmes qui, parce qu’elles sont majoritairement touchées par le temps partiel imposé, continueront à être les premières variables d’ajustement du marché de l’emploi.

Le service public : une garantie pour les femmes
Les premières annonces sur la future Loi sur l’égalité femmes-hommes n’augurent malheureusement pas un changement de cette réalité quotidienne des femmes. Si la déconstruction des stéréotypes est une condition nécessaire à l’égalité, le combat dans les têtes et dans les faits ne se gagne pas à coups de bons sentiments, il se gagne en terme de moyens donnés dans le but de changer une réalité qui appauvrit et met à mal les femmes. La déstructuration actuelle des services publics de santé notamment, accentue les inégalités. La situation de certains pays européens devrait nous alerter. En Grèce « des nourrissons meurent suite à des diarrhées tandis qu’à cause des vaccinations devenues payantes, des maladies qu’on pensait appartenir à l’histoire ressurgissent … l’accès à un accouchement médicalement assisté n’est plus un droit. Il coûte actuellement 800€ et 1.600€ pour une césarienne. »  [4]

Sur les 1500 maternités qui existaient en France, il n’en perdure plus que 500. Plus de 200 centres IVG ont fermé laissant aux femmes un chemin de croix de plus en plus long, voire inatteignable en termes de droit à disposer de leurs corps. Les annonces de remboursement des moyens de contraception pour les mineures et du remboursement de l’IVG à 100% n’ont pas été suivies de mesures pour toutes les femmes, et de réouverture massive de centres IVG.

Des mesures concrètes et immédiates seront seules à même de donner aux femmes les moyens de vivre mieux : le refus de la précarité, des temps partiels imposés, l’augmentation des bas salaires et des minimas sociaux. Sans cela, la violence réelle qui s’exerce quotidiennement sur les femmes ne fera que se perpétuer.

Ingrid Darroman


[1] En réponse à la campagne du Ministère des Droits des Femmes « Le 8 Mars c’est toute l’année »

[2] Impact de la crise et de l’austérité sur les femmes : des raisons de s’indigner et se mobiliser Christiane Marty

[3] Source femmesenresistancemag.com En France, 14 % des femmes vivent en-dessous du seuil de pauvreté…32.4 % des familles monoparentales sont touchées par cette pauvreté et dans 85 % des cas, il s’agit de femmes seules avec enfants… les femmes concentrent … 61 % des emplois peu qualifiés et 78 % des non qualifiés

[4] Sonia Mitralia, membre du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM) et de l’Initiative « Femmes contre la dette et les mesures d’austérité »


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