Du RAR à l’ECLAIR...

mardi 27 septembre 2011  | 

A cette rentrée, le label RAR(1) disparait au profit d’ECLAIR(2) et avec lui ce qu’il restait de la conception originelle de l’éducation prioritaire. ECLAIR est l’expérimentation d’un fonctionnement ultralibéral des établissements scolaires, autonomes et pilotés par les résultats, tant du point de vue des moyens alloués que des personnels recrutés. Les enfants des familles les plus en difficulté seront les premiers touchés par ce nouveau recul.

Même imparfaite, c’est dans une logique de « compensation » que les ZEP avaient été conçues en 1981. « Lutter » contre les inégalités liées aux hasards de la naissance conférait à l’Etat la responsabilité de « donner plus à ceux qui ont moins » en matière éducative. Désormais, l’ambition n’est plus de mener l’ensemble d’une classe d’âge au BAC mais de « s’adapter à la diversité ». Le vademecum ministériel qui cadre le dispositif ECLAIR (juin 2011) est explicite : « l’acquisition du socle commun par tous les élèves » devient « l’objectif prioritaire ». Il suffit d’« aménager la norme scolaire pour tenir compte de la diversité des publics et leurs besoins spécifiques ». L’Ecole doit donc s’assurer de l’acquisition d’un bagage minimum, que l’on sait insuffisant pour devenir un citoyen critique et trouver sa place dans la société actuelle. Le reste, les enfants issus des couches populaires devront « mériter » d’être… triés, car ces « écoles du socle » ont vocation à « repérer les talents » dès la fin du primaire pour les extraire du collège CLAIR(3) et les proposer aux « internats d’excellence ».

Un fonctionnement ultralibéral à l’anglaise ?

L’éducation prioritaire a toujours été terrain d’expérimentation. Le vademecum ECLAIR incite les établissements à un fonctionnement du type anglo-saxon, où la gestion de la diversité des élèves au primaire se fait par tris en groupes de niveau, puis une orientation « à la carte » dans le secondaire. L’enseignement n’y est pas commun mais basé sur une gamme de possibilités offertes aux familles, avec une grande liberté des établissements. Ceux-ci bénéficient d’une autonomie institutionnelle et sont en concurrence.

L’incitation à « l’initiative » locale en pédagogie et ressources humaines est l’un des piliers du vademecum ECLAIR. De l’aménagement des programmes à celui des rythmes scolaires en passant par le recrutement des personnels sur poste à profil, les objectifs à atteindre doivent être établis sous forme de contrats avec l’administration. L’attribution des dotations supplémentaires n’est donc plus fonction du nombre d’élèves mais des « tableaux de bord », des « cibles chiffrées de résultats scolaires attendus » et des « programmes d’action » élaborés par une « instance de pilotage sur le modèle du comité exécutif des RAR » puis accompagnés et évalués par « les services académiques ou des chercheurs ».

Statut des enseignants, ça vacille

Les concours de recrutement permettent l’égalité des conditions d’accès à la fonction. La garantie de l’emploi doit assurer la neutralité politique et religieuse vis à vis de la hiérarchie mais aussi compenser la mobilité contrainte liée à la carte scolaire.

Depuis 2008, ces fondements sont remis en cause : développement des recrutements hors concours (étudiants M2 et retraités contractuels), affectations hors réglementation (postes à profil), individualisation des rémunérations (heures sup et primes), modification des missions (remplacements entre enseignants de disciplines différentes, accompagnement individuel)… Le vademecum formalise cette politique « d’innovation en matière de gestion de ressources humaines ». Au prétexte « d’équipes stables et motivées » sont développées les méthodes managériales basées sur l’intéressement de l’individu, connues pour casser les solidarités et l’équité. Les affectations sont sur « postes fléchés, entretiens professionnels, et procédures d’avis », à partir de « fiches de poste » et un « engagement pour 5 ans ». Chapeautés par le « préfet des études », véritable adjoint pédagogique du chef d’établissement, les personnels doivent faire preuve de flexibilité, par des « échanges de services entre 1er et 2nd degré », voire une disponibilité hors temps de service. Et « l’aménagement de l’espace pour leur permettre de rester dans l’établissement après leurs cours » rappelle singulièrement les conclusions du rapport sur les rythmes et les annonces de Sarkozy sur l’évolution des missions des enseignants au delà des cours collectifs… A en juger par la pénurie des candidatures (postes à profil non pourvus, abondés par des TZR non volontaires) et la multiplication des actions type pétitions et rassemblements en 2011, ECLAIR n’est pas populaire dans la profession. ●

Anne Dumas

1) Réseaux Ambition Réussite.
2) Ecoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite.
3) Collèges et lycées pour l’innovation, l’ambition et la réussite.


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