Grande Bretagne : après la grève du 30 novembre

samedi 21 janvier 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

Les grèves massives des syndicats du secteur public ont marqué une avancée importante pour les salariés de Grande Bretagne. Le mouvement s’est organisé autour de plus de 25 syndicats du secteur public et a été renforcé par de nombreuses manifestations et rassemblements qui ont révélé un réel soutien à cette action. Cette mobilisation montre clairement que la question des retraites est une préoccupation majeure des salariés du secteur public.

La coalition gouvernementale menée par les Conservateurs veut frapper les salariés du secteur public en augmentant la durée légale du travail avant la retraite, les cotisations (de plus de 50 % pour certains) et en réduisant le montant des pensions. L’argent collecté ne sera pas reversé au programme sur les retraites mais ira dans les caisses de l’Etat pour combler le déficit creusé par les banques et les politiques gouvernementales de ces dernières années. Les Conservateurs cherchent ainsi à faire payer la crise aux salariés. Lorsque ces réformes ont été annoncées en début d’année dernière, 4 syndicats du secteur public, en particulier de l’éducation (NUT/ATL/UCU/PCS), ont voté la journée de grève du 30 juin 2011. Son succès et l’échec des négociations avec le gouvernement ont poussé les autres syndicats du secteur public, ainsi que le Congrès des syndicats (TUC), à s’engager dans le mouvement.

Le TUC s’engage

Le TUC a appelé à une journée de mobilisation le 30 novembre et la réponse a été impressionnante : plus de 2 millions de salariés du public se sont portés grévistes ce jour-là et 400 000 d’entre eux sont descendus dans les rues. Dans de nombreuses villes, la manifestation a été organisée et encadrée par un comité de grève réunissant tous les syndicats du secteur public. Dans d’autres, ce sont les structures syndicales locales qui ont organisé les rassemblements. Et pour de nombreux grévistes, comme pour certains syndicats, ces manifestations étaient une première. Elles ont rassemblé majoritairement des jeunes salariés et des femmes, ce qui représente un autre changement notable.

La principale revendication des grévistes était le rejet des propositions du gouvernement sur les pensions et l’appel à poursuivre la campagne d’opinion. Dans les négociations qui ont suivi avec les syndicats, le gouvernement s’est limité à retarder l’application de ces mesures, permettant ainsi aux salariés proches de l’âge de la retraite de ne pas subir les conséquences de la réforme. Pour le TUC et Unison, le syndicat majoritaire du secteur public, ce geste a suffit à justifier une sorte d’accord dans les secteurs de la santé et des collectivités locales. Le PCS a rejeté toute négociation et certains syndicats enseignants (NUT, UCU et NASUWT) refusent de se positionner tant qu’ils ne se seront pas réunis début 2012.

Pour sa part, le Labour Party (travailliste) a démontré une fois de plus qu’il n’était pas du côté des salariés. Pas un seul de ses leaders n’a exprimé son soutien aux mouvements, même si plusieurs branches du parti étaient présentes dans les cortèges. Seule la gauche du Labour Party a soutenu l’action, via des déclarations de députés comme John Mc Donnell et Jeremy Corbyn. Sous la pression du Premier Ministre, le chef du Labour, Ed Miliband, n’a pas prononcé un seul mot de soutien aux grévistes et a appelé à des négociations. Nombreux sont les grévistes qui se sont sentis trahis par ces déclarations, ce qui pose de nouveau la question de la représentation des salariés dans la sphère politique.

La gauche syndicale

Pour les syndicats de gauche, l’objectif est de refuser tout compromis avec le gouvernement qui porterait atteinte aux retraites et de consolider leurs bases dans la perspective d’autres actions. Au sein des syndicats qui ont participé aux négociations, les tâches sont plus complexes, puisqu’il s’agit de convaincre leurs sections syndicales de refuser toute négociation, en essayant notamment d’imposer que toute décision en la matière passe par le vote des syndiqués.
Au sein du syndicat PCS, le courant « Left Unity », a pris l’initiative d’organiser une grande conférence le 7 janvier 2012 pour débattre de la question des retraites et de la politique d’austérité menée par le gouvernement.
Participaient à cette conférence de nombreux leaders des syndicats de gauche comme Mark Serwotka, secrétaire général du PCS, Kevin Courtney, secrétaire général adjoint du NUT, ainsi que John Mc Donnell, député de la gauche du Parti travailliste. A suivre… ●

Jon Duveen, secrétaire du Cambridgeshire Association National Union of Teachers.

Traduction Estelle Bonnet.


Navigation par Thèmes