Paroles de syndicalistes en lutte à Marseille...

samedi 21 janvier 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

A travers les témoignages d’acteurs du mouvement des retraites de l’automne 2010 à Marseille, ce livre ouvre les débats sur le bilan de cette confrontation sociale, certes soldée par un échec, mais marquée également par la fierté du combat mené.

Ce livre, sorti début novembre, retrace à travers les témoignages de nombreux acteurs le mouvement social de l’automne 2010 dans les Bouches-du-Rhône. Évitant le double écueil du récit strict et de la gloriole « Marseille, capitale des luttes », il ouvre les débats issus de cette confrontation sociale certes soldée par un échec, mais dont les acteurs conservent encore un an après la fierté du combat mené.
Coordonné par des syndicalistes ou anciens syndicalistes, pour la plupart membres des organisations de la gauche antilibérale ou anticapitaliste, ce livre donne la parole à ceux qui ont, dans leurs différents secteurs (port, pétrochimie, fonction publique territoriale, transports, éducation, commerce…), animé la lutte sur le terrain. On échappe sûrement ainsi un peu au discours officiel.

Ces syndicalistes interviewés, membres de la CGT, de la FSU, de la CFDT, de FO ou de Solidaires, questionnent chacun à leur manière et à travers leurs expériences, les réussites et les limites de ce mouvement, les raisons de son échec. Tout est abordé, parfois en filigrane, souvent de plain pied : articulation entre les revendications sectorielles ou locales et le mouvement national sur les retraites, préparation de la lutte par les équipes syndicales, coordination entre les secteurs en lutte, rôle des intersyndicales de lutte à la base… Surtout, on s’interroge honnêtement sur les raisons de la défaite, on analyse les points faibles et les points forts de ce mouvement, ses innovations, ses particularités, ses acquis pour la suite, mais aussi ses manques ou ses ratés. On revient sur le rôle et la stratégie de l’intersyndicale nationale et sur ceux de chaque organisation. On décortique les formes de la lutte (manifestation, grève de 24h, grève reconductible, blocage) pour comprendre leur rôle, leur sens dans le conflit. On s’interroge aussi beaucoup sur les difficultés rencontrées dans certains secteurs à mobiliser suffisamment pour gagner (poids des défaites antérieures, des divisions syndicales, rôle de l’intersyndicale, stratégies de mobilisation, structure de l’emploi, niveau de l’implantation syndicale,…).
Et on finit naturellement par questionner l’adversaire et la hauteur à laquelle il avait placé la barre pour permettre la victoire (la chute du gouvernement). Par voie de conséquence, on examine les positions de nos directions syndicales (sont-elles prêtes à cela ?) et le niveau de conscience collective des salariés et du peuple sur ce point (évidemment question non statique mais les accélérations de l’Histoire ne se rencontrent malheureusement pas à chaque soubresaut…).

Reste enfin le débat de la fragmentation entre l’espace syndical et l’espace politique qui est probablement la quête de ce livre. Sur ce point, l’éclairage, lors d’une conférence de l’Université Populaire de Marseille, donné par les interventions d’anciens responsables syn­di­­caux, Maryse Dumas (de la CGT) et Claude Debons (de la CFDT), de chercheurs en scien­ces sociales, Jean-Marie Pernot et Sophie Béroud, d’un historien du syndicalisme, Stéphane Sirot, entre habilement en écho avec les témoignages des syndicalistes. Ils nous aident à tirer les leçons de cet épisode en le resituant dans l’Histoire.
Bref, ce livre est un outil utile pour garder en mémoire les faits et les questions ouvertes par un conflit social de première importance. Il nous aide également à penser les difficultés actuelles dans la lutte contre l’austérité générale imposée comme traitement de la crise économique. Il ouvre des débats plus qu’il n’apporte de réponses définitives, permet de comprendre les points de clivages, les difficultés à surmonter et ne s’épargne pas l’effort de la complexité tournant ainsi le dos aux explications simplistes et hâtives.
Il permet enfin de « dénaturaliser » la puissance sociale à Marseille, en en montrant ses forces, ses faiblesses, ses raisons historiques objectives…en espérant aussi que cela puisse éclairer et aider à tracer les chemins d’aujourd’hui pour les victoires de demain.
Cet ouvrage est publié par « Arbre bleu éditions » une jeune maison d’édition installée à Nancy et qui souhaite se spécialiser dans les publications sur les questions syndicales. On peut commander ce livre chez eux (contacts par le site internet « arbre bleu éditions ») ou dans toute bonne librairie. ●

Sébastien Fournier, Marseille

Paroles de syndicalistes en lutte à Marseille. Le mouvement social contre la réforme des retraites (automne 2010), édition Arbre bleu.


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