Du côté des enseignant-es

samedi 21 janvier 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

Avec l’évolution du recrutement des enseignant-es, force est de constater que nos jeunes collègues sont de moins en moins issu-es des classes populaires. Cela entraîne un décalage croissant entre eux et certain-es de leurs élèves, méconnaissance et incompréhension mutuelles avec les familles. Comment y remédier, comment permettre à chaque enseignant-e d’accueillir chaque élève sans a priori, et avec les mêmes ambitions de réussite pour toutes et tous ?

La solution ne repose pas (seulement) sur la motivation ou les convictions des professeur-es. Elle nécessite une solide formation initiale prenant en compte, outre les aspects disciplinaires et didactiques des enseignements, une réflexion approfondie sur les pédagogies et la connaissance des publics. Certains masters « métiers de l’éducation » ont déjà intégré de tels modules permettant d’appréhender les réalités sociologiques et économiques de notre société. Il ne s’agit pas de laisser l’initiative au bon vouloir de quelques Universités, mais d’exiger la généralisation de ces modules pour l’ensemble des enseignant-es, voire tous les personnels de l’éducation, surveillant-es, TOS, personnels de direction et d’inspection, …

Une formation initiale solide

Ces apports théoriques s’enrichiront d’une connaissance plus concrète, «  humaine », favorisée par la rencontre des futur-es enseignant-es avec des associations, comme le mouvement ATD Quart-Monde (dont l’implication dans des projets éducatifs est très forte), par des expériences en centre de vacances… Cela doit aussi s’accompagner, toujours dans le cadre de la formation, d’une prise de conscience par les enseignant-es de leurs propres représentations, et d’un travail sur les stéréotypes et les inégalités, conditions indispensables pour que l’école puisse accueillir tou-tes les élèves et toutes les familles dans leur diversité.

La formation s’appuiera sur la recherche en neuro-sciences, en génétique, en psychologie cognitive pour ancrer solidement chez nos jeunes collègues le principe d’éducabilité et réfuter la théorie du déterminisme social : oui, tou-tes nos élèves sont capables de réussir ! Le cerveau, quels que soient le sexe de l’individu-e ou son origine sociale, n’est programmé que pour une chose : apprendre.
Ce qui n’empêche pas de considérer la spécificité de ces jeunes : s’il y a bien déficit socio-culturel, il ne s’agit en aucun cas d’un handicap, ni d’un état indépassable. Il faut travailler aussi la question du rapport au savoir et identifier les obstacles aux apprentissages.

« L’instit, il me convoque que quand ça va mal. »

Les enseignant-es doivent également être formé-es à l’écoute et au dialogue avec les familles. Ces attitudes sont loin d’être innées, elles s’acquièrent et se perfectionnent. Des rencontres régulières, dans un climat serein, permettent de lever les malentendus et d’établir une communication réelle. On pourra même envisager des sessions de co-formations pour les parents et les enseignant-es.

Enfin, les contenus d’enseignements ne doivent pas faire l’impasse sur les réalités des milieux populaires. Il est important que les « figures du pauvre », qui sont plurielles, soient intégrées à la culture commune. Les élèves pourront les rencontrer en littérature, dans les œuvres cinématographiques mais aussi dans les programmes d’Histoire, où le lien sera établi entre social et politique, entre Histoire des pauvres et mouvements ouvriers. On pourra se référer pour cela au livre de l’Institut de recherche de la FSU La riche histoire des pauvres. Que cette histoire soit prise comme objet d’enseignement peut aussi aider les jeunes connaissant la grande précarité à se construire dans la dignité, voire à reprendre goût aux apprentissages. ●

Cécile Ropiteaux


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