État espagnol : « sauvetage » et politique de résistance

vendredi 14 septembre 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

Après les mesures exigées par la Troïka pour accéder à l ’« aide » de l’UE, adoptées par le gouvernement Rajoy le 12 Juin, l’indignation sociale s’est installée dans le paysage politique espagnol comme le montrent les sondages et surtout la mobilisation sociale qui a eu lieu cet été, principalement mise en œuvre par les fonctionnaires et les travailleurs/euses agricoles en Andalousie. En cette rentrée, face aux difficultés qui n’ont fait que croître, où en est-on ?

La colère s’était déjà exprimée lors la grève générale, réussie, du 29 mars contre la réforme du travail (baisse des salaires, assouplissement des conditions de licenciement, démantèlement des entreprises publiques, etc) décrétée par le gouvernement de droite. Elle s’est confirmée par l’accueil chaleureux par plus de 100 000 personnes de la marche contre la fermeture des mines des Asturies, à Madrid, la nuit du 10 au 11 juillet.
La rentrée se présente encore plus critique. D’une part, parce que la crise va connaître une forte accélération due à la spirale récessive et à la crise financière des régions autonomes, comme la Catalogne, Valence, Murcie… qui ont déjà demandé le « sauvetage » à l’administration centrale et, d’autre part, parce que des mobilisations sont prévues pour septembre.

Le « sauvetage » de l’Espagne après celui de la Grèce

En dépit des dénégations répétées du gouvernement Rajoy à propos de la possibilité de demander l’aide de l’UE, il semble que ce qui est en jeu, ce sont bien les négociations sur les conditions de ce sauvetage qui paraît inéluctable. Les mesures demandées par la Troïka vont dans le même sens que celles imposées à la Grèce : approfondir la flexibilité du marché du travail, imposer de nouvelles coupes dans le système de retraite et des baisses drastiques dans la rémunération des employé-e-s, sans compter les licenciements dans le secteur public et les privatisations d’entreprises publiques…Tout cela sur fond de fuite énorme des capitaux puisque selon la Banque d’Espagne, jusqu’au mois de mai, elle a représenté 16% du PIB (163 000 euros).

Dans le domaine de la mobilisation sociale, les perspectives sont diverses, avec des lumières et des ombres. Il y a des appels à la grève contre la privatisation des chemins de fer (RENFE) le 17 septembre et, le même jour, grève pour le secteur de l’éducation. Les mobilisations se poursuivront dans le reste du secteur public, également contre les licenciements et les fermetures des entreprises dans le privé. Au-delà, pour le moment, au niveau national, les deux principales centrales syndicales CCOO et UGT ont renoncé à appeler à une grève générale -comme celle du 29 mars- et la seule initiative sur le calendrier est une Marche sur Madrid (provenant de tout l’Etat espagnol) pour le 15 septembre issue du Sommet social initié par ces deux syndicats et 150 collectifs.

Le 10 septembre, il y aura la deuxième réunion du Sommet social où certains collectifs (des écologistes, ATTAC, certaines composantes du mouvement des Indignés) vont soulever à nouveau (comme ils l’ont fait à la première réunion du 25 juillet) la nécessité de faire appel à une grève générale citoyenne. Ces secteurs de gauche essayent de pousser à d’autres initiatives pour nourrir la mobilisation dans la rue.

Une grève générale et une alternative difficiles à construire

Jusqu’à présent, au Pays basque uniquement, les syndicats ELA, LAB, ESK, STEE-EILAS, EHNE, HIRU, CGT-LKN et CNT, ainsi qu’une cinquantaine d’associations citoyennes (écologistes, féministes, chômeurs/euses…) appellent à la grève générale le 26 septembre. Grève générale à laquelle CCOO et UGT du Pays basque ont refusé d’adhérer.

Donc, même si la colère sociale contre le gouvernement de Rajoy est grande, et les nouvelles coupes à venir vont l’attiser, elle manque d’une perspective claire et déterminée. Les atermoiements des CCOO et de l’UGT s’expliquent notamment par la pression exercée par Rajoy après le 29 mars, dans une lettre qui plaide pour un « indispensable consensus politique et social sur la reprise économique et la création d’emploi (…). Il faut réduire le déficit » ! Enfin -et il ne faut pas le nier- l’absence d’opposition politique réelle face au gouvernement de la part de PSOE et IU pèse. Pour sa part, le PSOE montre sa disponibilité pour soutenir le gouvernement dans la politique européenne et Izquierda Unida s’enferme dans le débat parlementaire (demandant au gouvernement de ne pas “chauffer” la rue) plutôt que de chercher à nourrir la mobilisation sociale.

Josu Egireun, syndicaliste basque


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