Le mouvement syndical face aux politiques d’austérité

samedi 17 novembre 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

Le 31 octobre 2012 cinq confédérations syndicales (CCOO, UGT, USO, CGT et la Confédération Intersyndical) ont lancé un appel à la Grève générale pour le 14 novembre. C’est un pas important dans la voie de la mobilisation, mais cela n’efface pas les dégâts de 30 années de syndicalisme de négociation à la marge défendu par les deux principales confédérations. Aujourd’hui, la situation pleine de contradictions, force le mouvement syndical à clarifier son orientation.

L e 14 novembre est une grève contre les coupes dans les dépenses publiques décidées par le gouvernement Rajoy le 10 juillet dernier, contre le budget 2013 et des mesures anti-sociales comme l’autorisation légale du licenciement collectif des travailleurs dans le secteur public (non fonctionnaires). Deux mois auparavant, à l’annonce des coupes budgétaires, les deux centrales CCOOO et UGT avaient refusé un tel appel, espérant que le gouvernement entamerait une négociation avec les syndicats. Par ailleurs, l’appel actuel continue de mettre au centre l’exigence d’un référendum sur la politique économique du gouvernement ce qui est utilisé comme raison par certains syndicats comme le LAB, syndicat de la gauche nationaliste basque, pour ne pas appeler(2). L’absence de riposte immédiate, structurée et globale des centrales syndicales après l’annonce des premières mesures d’austérité, a affaibli les mobilisations qui tentaient de se développer dans certains secteurs (santé et éducation notamment) et a permis au gouvernement d’avancer vers une politique plus agressive encore contre les droits sociaux, sur fond de pression de la Troïka.

Une situation pleine de contradictions

L’unique mobilisation face à cette succession de mesures anti-sociales fut impulsée par le mouvement des Indignés qui a organisé une manifestation devant le parlement le 25 septembre, le jour de l’adoption de ces mesures. Les deux syndicats majoritaires (CCOO et UGT) étaient totalement absents. Lors de la présentation de l’appel à la Grève générale, le secrétaire général de CCOO a insisté sur le fait que « la mobilisation ne sera pas terminée le 14 novembre parce que le conflit se poursuivra ». Une formule habituelle à chaque mobilisation. Pourtant, cela n’a pas empêché des épisodes dramatiques pour le mouvement ouvrier de l’Etat espagnol : signature de la contre-réforme des retraites après la grève générale du 29 septembre 2010, accord sur la compétitivité avec le patronat quelques mois plus tard, etc. Une orientation qui a généré une méfiance envers ces syndicats et qui explique notamment l’émergence du mouvement des Indignés.
Avec la crise et le gouvernement de droite dure, la situation actuelle est différente et soumet les syndicats a une pression : les marges pour négocier et arriver à un accord sont à chaque fois plus étroites. Et du coté du gouvernement, il n’y a aucune recherche d’une quelconque légitimation de ses politiques, c’est l’imposition d’une ligne pure et dure.

L’heure des choix et la pression de la rue

Il n’empêche que le syndicalisme a été marqué par une orientation défendue ces trente dernières années, par les CCOOO et l’UGT, une orientation basée uniquement sur la négociation et défendue « afin d’éviter que les gouvernements n’impulsent de manière unilatérale leurs réformes et pour peser sur le résultat ». Mais quel bilan ! Non seulement la part du travail dans le revenu national a baissé de 5% en faveur du capital, mais cela a généré une démobilisation. La peur et l’impuissance se sont installées dans la société. Que vont-ils faire maintenant ? L’unique élément nouveau dans le panorama politique de l’État espagnol après la frustration issue de l’attitude des deux centrales syndicales après la grève générale de 2010, fut l’émergence du mouvement des Indignés. Ce mouvement, au delà ce sa réalité organisationnelle a marqué un tournant dans la mobilisation contre l’austérité, en particulier par les formes de mobilisation adoptées. Si les grandes centrales syndicales ne vont pas dans la rue et s’enferrent dans des pseudos-négociations la rue sera occupée par des mouvements de base, par le mouvement des Indignés. Cette réalité est incontournable pour le mouvement syndical, à la base comme dans les directions.

Bittor Ugarte, syndicaliste

1) A elles seules les deux centrales CCOO et UGT ont une représentativité de près de 90% ; les autres (USO d’origine chrétienne, CGT, un des syndicats anarchosyndicaliste avec la CNT, ont une représentativité faible, en dehors de certains secteurs comme les syndicats de l’Education (Intersyndicale).
2) La plate-forme syndicale et associative basque qui avaient appelé à la grève générale le 26 septembre 2012 ne sont pas parvenus à adopter un point de vue commun pour la grève du 14 novembre.


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