Refondation de l’école : premiers éléments sur le rapport

samedi 6 octobre 2012  |  par  École Émancipée  | 

Une note rapide, « à chaud », sur le rapport (52 pages) de la concertation qui s‘est menée depuis début juillet. Analyse non exhaustive …
Véronique

Refondation de l’école

3 mois de travail, 4 grands chantiers et des dizaines de groupes de travail, près de 800 participants…
La concertation sur la refondation de l’école vient de s’achever, le comité de pilotage a livré son rapport [1] et Peillon annoncera d’ici peu la nouvelle donne pour l’école.
Nouvelle ? Par rapport à l’existant, sans doute ; mais rien de neuf si l’on se réfère aux préconisations de Chatel, Grosperrin et consorts. Retour confirmé vers l’école capitaliste.

Ce que retient la presse :

Dès remise du rapport, vendredi 5 octobre, les médias ont retenu les points suivants :

  • Priorité au primaire : revoir les rythmes, vers la semaine de 4 jours et demi, et une journée de cours moins longue (5 h maxi), mais identique en termes de temps de présence.
    « Plus de maîtres que de classe » pour les CP et CE1 des zones en difficulté. Articulation primaire collège facilitée par échanges de services des enseignants des deux niveaux.
  • Collège : rythmes aussi, pas plus de 5h de cours en 6ème-5ème, et 6h ensuite. Temps de présence identique, études au collège pour activités périscolaires et aide aux devoirs.
  • Moins de profs en 6ème-5ème (polyvalence ? moins de matières enseignées ?). Suppression progressive du redoublement.

Ce que dit le rapport : le constat

  • Construit en trois parties, seule la dernière regroupe les préconisations pour la future école. Les deux premières sont cependant édifiantes : en effet, dans l’énoncé du constat du système éducatif, ainsi que celui des valeurs que l’on défend pour la prochaine école, absolument tout pourrait être écrit par nous !
    La concertation a en effet « entendu » les partenaires, elle a « capté » le discours syndical et s’en est approprié l’idéologie. Les effets sont redoutables… En témoignent les expressions suivantes (page 23) :

« C’est même un projet politique qui continue à être singulier au regard d’expériences étrangères, notamment les modèles libéraux, qui privilégient le fonctionnement de quasi-marchés éducatifs valorisant davantage l’individu et son employabilité. (…)
Si elle doit laisser une large place aux initiatives et énergies individuelles et locales, elle doit aussi créer du commun. »

  • Dans cet esprit, le rapport part d’un constat que l’on ne peut que partager sur l’état de l’école, il en rappelle les améliorations en termes de massification, mais en souligne les limites et notamment les inégalités, l’absence de démocratisation, les résultats médiocres en terme d’insertion professionnelle pour une partie importante d’élèves, sortis sans qualification du système scolaire.
    Il insiste sur les discriminations (réussite des filles, difficultés des populations issues de l’immigration, inégalités sur l’ensemble du territoire, et discrimination positive (politique d’éducation prioritaire) peu opérante).

Ce qu’il distille en termes d’idéologie

  • Pour faire passer le projet, le discours prend des précautions oratoires, parmi lesquelles figure la reconnaissance des enseignants :
    ils sont écoutés, entendus, associés aux décisions, trop peu payés, pas assez formés et des collaborateurs incontournables pour le gouvernement…
    En début de rapport, on peut lire une dénonciation de l’administration précédente, technocrate, obnubilée par le pilotage par les résultats, empilant les réformes…
    Le même rapport 50 pages plus loin s’achève pourtant sur un paragraphe réaffirmant l’importance de l’évaluation du système, et la volonté d’élargir les contrats d’objectifs….
  • Vendre le socle à tout prix : récupération du discours syndical, le rapport parle de socle mais semble répondre en creux aux attaques qui lui ont été faites par le passé : le socle doit évoluer…
    Exemple, page 25, il explique qu’il faut élever le niveau de connaissances des élèves, et pour ce faire, allier savoirs et compétences, transformer les contenus, agir sur les modalités de la transmission et de l’appropriation…
    Le socle, véritable fil rouge du projet d’école, serait l’outil indispensable pour parvenir à la démocratisation scolaire que nous appelons de nos vœux.
  • Pour mettre en place ce socle, il faut donc revoir les pratiques (la pédagogie doit évoluer et en finir avec le « frontal » page 28, fabriquer une école « bienveillante » (et repenser le rôle de l’évaluation, aller vers une notation positive), privilégier le « vivre ensemble » pour améliorer le climat scolaire…

[1] Voir en pièce jointe


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