Fin de la séquence électorale, à quand les changements ?

mercredi 4 juillet 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

Les élections législatives ont confirmé, sans enthousiasme évident, la victoire de François Hollande. Avec un Sénat déjà majoritairement à gauche et la bascule de l’Assemblée Nationale, le gouvernement actuel a (presque) toutes les clés en mains pour tourner la page des années Sarkozy et porter de nouveaux projets. Que fera-t-il et à quelle hauteur ?

Salariés et retraités ne se font pas trop d’illusions dans cette période plombée par la crise européenne, les mesures d’austérité et un patronat toujours à l’offensive. Mais le gouvernement qui s’installe aurait tort de négliger les attentes d’un véritable changement, les ruptures nécessaires pour ne pas retrouver dans cinq ans un FN encore plus haut dans les urnes, une droite encore plus virulente.
Au delà du soulagement et des premières annonces symboliques, les prochaines semaines vont être déjà l’occasion d’une opération-vérité : abrogation ou pas des lois et dispositifs hérités des Hortefeux, Chatel and co, mesures d’urgence et collectif budgétaire pour préparer la rentrée sociale dans les différents secteurs… et rejet du pacte budgétaire européen pour ne pas d’emblée bloquer toute évolution positive du budget de l’Etat.
Car c’est bien sur ce terrain du futur budget que pourront s’apprécier pour de bon l’arrêt annoncé de la RGPP ou l’amélioration des services publics ! La pression qui continue à être mise sur la maîtrise des déficits, le « tout ne sera pas possible », ne pourra pas se transformer sans dégâts en un « pas grand chose n’est possible ! ».
Il y aura à défaire et à reconstruire dans tous les secteurs sinistrés par les années précédentes.

Le Collectif national pour un audit citoyen de la dette publique vient de s’adresser au Ministre de l’Economie, et au Président de la Cour des Comptes, pour leur demander de réaliser un véritable audit des finances et de la dette publiques, afin d’examiner les origines réelles des déficits, de l’endettement et de les mettre dans le débat public.

La mise en jambes du nouveau gouvernement se fera lors d’une Conférence sociale (9 et 10 juillet) qui articulera séances plénières et groupes de travail thématiques… Avec le cap des 10% de demandeurs d’emploi qui vient d’être franchi, gageons que le MEDEF et ses alliés multiplieront à cette occasion les pressions pour poursuivre sur la voie des réductions des dépenses publiques, de la protection sociale et de la diminution du coût du travail. Espérons que les organisations syndicales sauront résister et porter ensemble des propositions offensives  !

Décentralisation, acte III

Vont s’ouvrir dans la foulée les discussions sur un acte III de décentralisation, une loi d’orientation et de programmation pour l’école, une autre pour le Sup et la recherche… tout ça prévu pour fin 2012.
Le dossier décentralisation (et son corollaire réforme de l’Etat), annoncé par le candidat Hollande, revendiqué par l’ARF, s’annonce difficile et épineux, particulièrement sur des questions comme la formation professionnelle ou celle de l’orientation.

Dans l’Education, les premières annonces ont reçu un accueil favorable : abrogation du décret évaluation des enseignants, non remontées des évaluations en primaire, 1 000 emplois supplémentaires dans le 1er degré, des aménagements de service pour les nouveaux personnels stagiaires, revalorisation de 25% de l’allocation de rentrée scolaire… Mais cela ne vaut pas solde de tout compte car les besoins sont urgents dans l’ensemble du système éducatif. La future loi d’orientation et de programmation sera lancée officiellement fin juin par le Premier ministre et discutée à l’automne au Parlement. Les 60 000 postes promis devraient figurer dans cette loi censée notamment aborder la création des écoles supérieures du professorat et de l’éducation, les rythmes scolaires, les missions des enseignants et l’éducation prioritaire. C’est une réelle rupture avec la logique de la loi Fillon qu’il faudra gagner.

Dynamiser le mouvement social

Coup de pouce au SMIC, retour à 60 ans pour les carrières longues ou blocage des loyers à la relocation ne suffiront pas à convaincre du changement. Les exigences sont grandes, pour faire vivre les services publics, pour assurer à tous les droits à l’emploi, au logement, à la protection sociale. La colère est grande contre les entreprises qui multiplient les plans sociaux dans l’intérêt de leurs actionnaires.
Face aux tenants des politiques d’austérité, en France comme en Europe, mais aussi face à ceux qui voudront s’abriter derrière les « marchés » et les crises qu’ils provoquent, les salariés, les chômeurs auront sans aucun doute dans les prochains mois à accentuer la pression, à demander à leurs organisations syndicales de le faire ensemble, à dynamiser un mouvement social et citoyen.

Isabelle Sargeni-Chetaud, le 18 juin 2012


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