Le passé recomposé d’Alexandre Dumas

vendredi 18 mai 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

Se replonger dans Dumas, dans ces mémoires d’un médecin, en l’occurrence « Joseph Balsamo » et « Le collier de la Reine », c’est faire revivre un temps, celui du 19e siècle, nourri à la fois de la Révolution de 1789, des théories du complot via les sociétés secrètes, et des premiers pas de la psychanalyse… mais aussi de la révolution de février 1848, révolution européenne qui verra la parution de ce « Manifeste du parti Communiste » de Marx et Engels, lequel commence par « Un spectre hante l’Europe, celui du communisme ». Un spectre qui devra faire face à tous les reniements, à toutes les tentatives de l’entraver avec, en France, la victoire de Louis-Napoléon Bonaparte. Dumas se nourrit de ces inquiétudes, de ces espoirs. Il se sert des libelles, gazettes, expériences de l’avant Révolution, dénonçant cette Cour déclinante de Louis XV, ce Dauphin – le futur Louis XVI – dessiné sous les traits d’un hésitant, d’un travailleur manuel. La Dauphine Marie-Antoinette est présentée, comme dans les films récents – les auteurs ont dû lire Dumas – comme une jeune femme fière d’elle-même et capable d’humanité. Les dorures de Versailles, de Luciennes, les atours des courtisanes sont décrits avec un luxe de détails qui laisse rêveur, mais aussi donne à voir les intérêts de ce 19e siècle. Dumas, comme le souligne Judith Lyon-Caen dans son introduction, ne fait pas œuvre d’historien mais de romancier. Il se permet le vrai qu’il enfouit dans du faux, il « institue » l’Histoire et non la reconstitue. Il est un maître d’un temps qu’il construit pour les besoins de sa cause, raconter des histoires. Le dossier de fin montre l’importance du mesmérisme – du nom du magnétiseur autrichien Mesmer qui commence à officier à Paris en 1778 – jusque dans ce 19e siècle ouvrant la porte aux médecines de l’âme pour parler comme Balsamo.
Sans être une édition critique, la publication dans cette collection Quarto de ces deux romans permet de retrouver le plaisir d’un style, d’une flamme et de permettre une légère distanciation pour apprécier ce que Dumas y a mis de lui-même, la révolution de 1848 et son échec à la députation…

Nicolas Béniès

◗ « Joseph Balsamo – Le collier de la Reine. Mémoires d’un médecin », Alexandre Dumas, Quarto/Gallimard, 1600 p., 27,50 euros.


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