Nouveau regard sur l’Est

vendredi 18 mai 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

La vie dans les pays de l’Est est bien peu évoquée dans la littérature et moins encore dans la littérature-jeunesse. Inspiré de souvenirs d’une amie qui a vécu son enfance en RDA, ce récit destiné à des adolescents vient combler une regrettable lacune.
La narratrice, Anna, se souvient de son enfance à Berlin-Est avant la chute du mur. Le récit porte sur des souvenirs d’enfance, avec toute la portée affective qui s’y s’attache, vestiges d’un temps où la naïveté est encore innocente. Loin de se résumer à un procédé littéraire facile, le fait de raconter la vie dans une société autoritaire par le prisme d’un regard d’enfant se révèle très opportun. Quelques scènes faussement anodines rendent compte d’autant plus crûment d’une société inégalitaire en proie à une pénurie chronique : à l’école la collecte de châtaignes pour le zoo en échange de subventions supplémentaires pour l’institutrice, les magasins réservés à l’élite du parti et interdits à la plupart des gens faute de deutsche marks, l’absence de choix des produits de consommation, etc...
La narratrice n’a compris l’attitude de certains de ses proches, à commencer par ses parents, qu’après la chute du mur quand la parole s’est enfin libérée. On comprend aujourd’hui les réticences de la maman d’Anna à accepter, en dépit des pressions, que sa fille soit sélectionnée pour devenir nageuse-athlète. Mais le silence était alors de rigueur et la petite fille en a longtemps voulu à sa mère de lui refuser ce qui lui apparaissait la promesse d’un avenir enviable. Car les enfants sont un moyen de contrôle dans une société qui se sait surveillée. Dans cet univers, les réponses trop évasives, ou même les blagues, donnent naissance à de véritables mythes enfantins, relais de l’angoisse inavouée des adultes. Le siège de la Stasi devient ainsi un lieu inquiétant, peuplé de loups et d’ogresses mangeuses de têtes que les enfants évitent fermement.
Récit court et alerte, plein d’humour, ce petit livre peut être le moyen d’une première approche de la réalité des pays de l’Est, le point d’appui de débats nécessaires sur ce qu’a été la dérive d’un système se réclamant faussement du socialisme et, a contrario, sur ce que pourrait être une vraie société émancipée.

Stéphane Moulain

◗ Audren, Il était une fois dans l’Est, École des Loisirs/Médium, 8,5 euros.


Navigation par Thèmes