IDEX : un bouleversement à l’université

vendredi 18 mai 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

La réforme des Universités a été un des points forts du quinquennat de Sarkozy. Le gouvernement a choisi le mode anglo-saxon élitiste de resserrement des moyens sur quelques établissements dits d’« excellence »(1), reléguant les autres universités au statut d’établissements de second ordre. Cette politique est totalement catastrophique.

Deux investissements exceptionnels ont particulièrement porté cette démarche : le plan Campus (amélioration matérielle des lieux) et le Grand Emprunt (emprunt étatique aux entreprises privées, fléché Recherche). Le Grand Emprunt a levé un capital de 19 milliards d’euros pour des laboratoires, des équipements et des initiatives d’excellence (LABEX, EQUIPEXet IDEX). Les 8 IDEXs sélectionnés en 2011-2012 vont se répartir 6 milliards d’euros.

Ils ont en commun de n’être constitués que d’unités de recherche d’ « excellence internationale », issues d’universités, grandes écoles et instituts privés, d’avoir une gouvernance resserrée, composée de peu d’élus universitaires au profit de personnes nommées issues des entreprises et écoles privées, collectivités territoriales et nationales, de transformer des embauches potentielles de fonctionnaires (recherche et administration) dans les établissements en emplois précaires pour la durée des projets et d’organiser une formation élitiste et sur projet destinée à quelques heureux élus du monde entier du L1 au doctorat (voir pour exemple Toulouse – IDEX2(2).
Mais, cette « corne d’abondance » se révèle très en deçà des annonces et amplifie la détérioration de l’accès pour tous à la formation et à la recherche de haut niveau.
Tout d’abord, de cette manne financière, seuls les intérêts annuels (de l’ordre de 4% ?) sont percevables, la somme initiale devant être restituée à la fin du projet. Des établissements bénéficiaires IDEX sont en train de s’endetter pour avoir monté des projets au-delà de leurs capacités.

Des labos en voie de disparition

Par ailleurs, au sein même des établissements, seuls les laboratoires classés A+ (de A+ à C en fonction des publications, du rayonnement international et de la gouvernance) font partie des projets IDEX. Les budgets IDEX obligeant à un apport paritaire de 50% des établissements (salaire des personnels, personnels nouvellement fléchés sur les projets, re-calcul du budget annuel des laboratoires et des m2 recherche au prorata des classements), les laboratoires hors périmètre d’excellence perdent donc en capacité (non renouvellement des postes en départ à la retraite, restriction budgétaire mais aussi des chances d’obtention des contrats de recherche nationaux et internationaux, des bourses ministérielles et régionales) et encourent le risque démontré de disparition (tous les 5 ans, reconduction ou non par les établissements de chaque laboratoire en fonction de sa notation par l’agence d’évaluation nationale AERES). Avec les IDEX, des pans entiers de recherche et de formation sont mis en difficulté, voire en péril d’extinction.

Quand aux établissements non IDEX, qui vivent la pénurie de moyens depuis une dizaine d’années (non indexation des budgets à l’inflation), ils doivent aujourd’hui maintenir le financement de la recherche et de la formation dans la situation nouvelle de diminution des dotations pérennes ministérielles au profit de dotations non récurrentes et sélectives par des agences de moyen gouvernementales (ANR, Alliances, IUH, IRT, …) favorisant les réseaux internationaux et labellisés en EX. Quelques projets novateurs se maintiennent grâce aux dotations des établissements et régionales. Avec le passage aux compétences élargies (autonomie budgétaire), certains établissements se voient déjà contraints de réduire le nombre de laboratoires et les formations proposées. Cinq établissements sont à ce jour en difficulté de paiement et sous tutelle rectorale. Le bouleversement des périmètres de la recherche et de la formation est donc préoccupant. Le nouveau mandat présidentiel ne devrait pas apporter de changement. C’est pourquoi nous devons donc encore une fois rassembler nos forces pour exiger une équité territoriale de moyens de formation et de recherche, garante du maintien d’une formation de haut niveau pour tous.

Heidi Charvin

1) http://www.challenges.fr/observatoi… De récentes études montrent que l’ « excellence » est très fortement corrélée aux moyens humains et financiers attribués aux établissements.
Or, de profondes inégalités, notamment entre les grandes métropoles et autres régions, existent depuis toujours et se sont particulièrement creusées ces trente dernières années entre universités.
2) http://www.univtoulouse.fr/universi… /idex-2-le-projet-uniti-de-l%E280%99universite-de-toulouse-laureat.


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