Il est parti, tout reste à faire !

vendredi 18 mai 2012  |  par  ÉÉ Revue  | 

Il était arrivé en s’appuyant sur une victoire idéologique d’une droite libérale assumée et pressée de mettre en oeuvre un programme de réformes structurelles radicales au service du capitalisme français. Un phénomène appelé le sarkozysme. Il avait homogénéisé toutes les droites sous sa coupe, avait absorbé une grande partie de l’électorat lepéniste sur une ligne mêlant ultralibéralisme, autoritarisme, atlantisme pro étatsunien et volontarisme politique « anti administrations »… Dès son élection, la dynamique était bien celle d’une contre révolution conservatrice visant à réduire la fameuse « exception française ».

Dès 2008, l’éclatement de la crise, mettant à mal les solutions néolibérales, avait fragilisé ce dispositif. Celui qui s’était proclamé le « Président du pouvoir d’achat », qui appelait « à travailler plus pour gagner plus » n’a fait que constater les ravages de la crise dans les classes populaires alors qu’il arrosait à coup de milliards le système bancaire fragilisé. La logique du Fouquet’s reprenait le dessus en même temps que sortait « l’affaire Bettencourt ». « Le Président des riches »…

Pour affirmer son autorité dans la tourmente et pour donner des gages aux marchés, il choisit d’infliger une défaite au mouvement syndical et aux salariés sur la question emblématique des retraites. Défaite il y eut par son refus obstiné de bouger face aux millions de manifestants et par la volonté de l’intersyndicale de ne pas provoquer de crise politique. Mais les effets différés ont été certainement engrangés à son désavantage par les bulletins de vote 18 mois plus tard. Sa provocation du dernier 1er mai est dans la même veine, avec le même résultat électoral…

Son quinquennat aura été dominé par ses rodomontades permanentes sur la scène internationale qui finalement ne trompaient pas et, surtout, par sa course effrénée vers l’électorat lepéniste sur le terrain des valeurs et notamment de l’immigration (ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, discours de Grenoble, stigmatisation des musulmans…). Comment ne pas penser que ces discours et politiques n’aient pas eu une influence dans le score élevé de la fille, finalement plus dangereuse que son père ? Un cours que le candidat plus président a accentué dans l’entre 2 tours, adoptant des pans entiers du discours du FN, aux pires relents nationalistes et xénophobes, contribuant à faire sauter des digues dans les appareils politiques mais aussi dans l’opinion. Comment ne pas s’inquiéter de cette nouvelle donne au moment où le FN veut s’affirmer comme « la seule opposition à Hollande » ?

Dans un autre contexte, mais sous nos yeux, la Grèce est là pour nous rappeler que la cogestion de situation de crise extrême entre droite et gauche, d’accord sur des orientations libérales, entraine une polarisation aux 2 bouts de l’arc politique avec une montée de partis ouvertement fascistes ! Heureusement qu’il y a aussi l’espoir à l’autre bout avec la montée d’une gauche radicale portant des solutions de rupture avec l’austérité imposée par la « Troïka » ! En France, les votes importants sur le candidat du Front de gauche comme les initiatives militantes de sa campagne ont aussi exprimé ce refus permanent d’une part importante de la société des solutions libérales et social libérales, jugeant le candidat devenu président trop timide et trop lié aux grands choix austéritaires de l’Union européenne.

Elu d’avantage sur le rejet massif du sarkozysme que sur son propre programme, lui même déjà très édulcoré vers un rose moins que pâle, le nouveau président ne fait ni rêver aux lendemains qui chantent, ni n’entretient d’espoirs démesurés sur sa volonté de construire une réelle alternative sur le terrain économique et social.

La crise est pourtant encore là, avec la récession et la pression des marchés qui appelleraient la mise en oeuvre d’une politique s’attaquant aux fondements du capitalisme. Ici aussi, il va falloir reprendre le chemin des mobilisations, comme en Espagne, au Portugal, en Italie, pour porter le drapeau de la résistance, de la révolte, de l’espoir en un monde meilleur et plus juste !

Laurent Zappi


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