Contribution de l’Ecole Emancipée à l’entrée de la CA académique du 25 juin 2012

mardi 26 juin 2012  | 

Les années de sarkozisme laissent des traces profondes dans la société française, dont le succès politique du FN n’est pas des moindres, et le changement de style présidentiel à lui seul ne suffira pas à en effacer les séquelles.

Si la nouvelle majorité a déjà annoncé des éléments positifs qui répondent à nos préoccupations comme l’abrogation du décret sur l’évaluation des enseignants ou l’affirmation de la nécessité d’une formation des enseignants digne de ce nom, force est de constater que le projet socialiste pour l’école, et les contraintes budgétaires dans lesquelles le nouveau président entend continuer à inscrire les politiques publiques ne peuvent que nous inquiéter. A cet égard, le fait que François Hollande se soit réjoui de la victoire de la droite grecque contre Siryza qui dénonçait les mesures austeritaires imposées par la troïka, indique bien qu’il n’est pas question pour lui de combattre le carcan économique et budgétaire que le pacte de stabilité va imposer aux pays de la zone euro.

Education

La réforme libérale et managériale de l’Etat est une réforme qualitative, et pas seulement une saignée en matière de postes. L’école dans ce cadre a connu une profonde mutation qui affecte tout à la fois ses missions et les conditions d’exercice des personnels.

  • Ainsi, au-delà des annonces positives, on mesure déjà les points de blocage ou de conflit avec la nouvelle majorité :
    • Les aménagements prévisibles du LPC n’enlèvent rien au fait que la nouvelle majorité est une fervente partisane du socle commun de compétences, socle de la nouvelle école capitaliste.
    • L’annonce de 1000 postes pour la rentrée prochaine est une bonne chose, mais elle se limitera au premier degré. Les 60 000 postes annoncés sur 5 ans ne suffiront pas à éponger la saignée des dix dernières années, d’autant qu’ils ne concernent pas que des postes statutaires, et qu’ils se feront par redéploiements… La nécessaire revalorisation des personnels est renvoyée à plus tard.
    • Le droit à la retraite à 60 ans pour celles et ceux qui auront cotisé les 41 annuités n’était que justice mais ne touchera que peu de monde, et est bien loin d’une remise en cause de la réforme Fillon.

Par ailleurs, beaucoup de sujets restent encore dans le flou et feront l’objet de discussions dès cet été dans le but de mettre en place une nouvelle loi d’orientation pour l’école. Citons en particulier : la réforme des rythmes scolaires, celle du travail enseignant, de la formation des maîtres, des dispositif ECLAIR …….

C’est pourquoi le Snes doit engager cette phase de discussion avec le ministère de façon offensive, en restant ferme sur ses mandats, en rendant compte aux personnels du contenu des discussions et en les appelant à agir au plus vite pour peser sur les choix gouvernementaux.

  • Rythmes scolaires :

le Snes doit rappeler que la réussite des élèves ne dépend pas d’abord ni uniquement de la longueur de la journée de cours ni de celle des vacances, mais bien des conditions réelles dans lesquels les élèves travaillent et des contenus parfois démesurés des enseignements au regard des heures imparties. Le Snes doit défendre l’amélioration des conditions de travail des élèves, en classe (dédoublement etc.) et hors classe (conditions d’accueil…), une pose méridienne suffisamment longue, un rythme 7 semaines de cours, 2 de vacances.

Pour la prise en charge par l’école du temps de devoirs des élèves, l’état doit mettre en place un véritable service public du périscolaire qui bénéficierait d’un cadrage national et dont les intervenant seraient des personnels statutaires formés.

En aucun cas la réforme des rythmes ne doit se solder par un allongement du temps de travail des personnels, ni par la remise en cause du bac comme diplôme national.
  • Évaluation des personnels

Le SNES doit pousser sa réflexion vers une évaluation qui ne soit plus une sanction infantilisante mais une aide formatrice. Son but doit être l’amélioration des pratiques dans la classe. L’évaluation des personnels doit être déconnectée de l’avancement dans la carrière.

  • Obligation de service des enseignants

Les enseignants ont besoin de temps de concertation afin de réellement travailler en équipe à la fois dans le cadre pédagogique avec les collègues de leur discipline ou bien pour des projets interdisciplinaires, mais aussi dans le cadre éducatif avec les COPSY, CPE… C’est pourquoi le SNES demande que 2 heures de concertation soient contenues dans le service des enseignants avec un temps de service des certifiés tendant progressivement vers celui des agrégés à savoir 15h hebdomadaires.

  • Formation des enseignants

Formation initiale : Le SNES revendique le rétablissement d’une véritable formation initiale qui allie apports théoriques et stages pratiques, de façon progressive, avec un stage de 4-6 heures. Une réflexion poussée doit être menée sur les contenus de formation, l’élaboration des savoirs en pédagogie et la façon dont on peut tenir l’écart entre les attentes légitime des nouveaux enseignants de solutions « clé-en-main » pour la prise en main de classes et la nécessaire formation réflexive sur l’acte d’enseigner et tout ce qu’il implique.

Formation continue : Le SNES revendique de refonder une FC des enseignants, liée à la recherche pédagogique, indépendante des inspections, qui ne soit pas une courroie de transmission des injonctions ministérielles.

  • ECLAIR / Education prioritaire

Le SNES réaffirme son opposition au dispositif ECLAIR qui est porteur à la fois d’inégalités scolaires entre les élèves sur le territoire mais aussi d’un mode de gestion managériale contraire au statut des personnels. Ce dispositif ne peut être réformé, il doit être abandonné immédiatement et intégralement. Le SNES doit entamer une réflexion sur les moyens de reconstruire une véritable éducation prioritaire capable de maintenir le même niveau d’exigence pour tous les élèves.

  • Carte Scolaire

Le SNES revendique le rétablissement et la redéfinition d’une carte scolaire contraignante qui garantisse une véritable mixité sociale à l’intérieur de tous les établissements.

  • Évaluation des élèves

L’évaluation n’est pas une compétition

Le SNES rappelle qu’il est opposé aux contrats d’objectifs et qu’il conteste la pertinence de la culture du résultat, imposée au système éducatif. Il condamne aussi la logique concurrentielle imposée à l’ensemble du système (PISA, …) L’école doit permettre aux élèves de construire une culture commune, d’acquérir des savoirs disciplinaires et méthodologiques.

L’évaluation doit faire partie intégrante du processus d’apprentissage et doit être plus soucieuse de repérer les réussites. Le SNES condamne la logique des évaluations incessantes au détriment des apprentissages, notamment par le biais de livrets de compétences.

Refuser le LPC

Le LPC n’est pas amendable, il doit être immédiatement et intégralement retiré.

Le LPC est inutile au niveau pédagogique, il ne permet pas de faire progresser les élèves. En outre, le LPC permet d’effectuer une sélection des élèves très tôt dans leur scolarité, en même temps qu’un fichage plus que contestable.

Le LPC ne s’arrête pas là : avec l’approche par compétences, le recentrage sur le socle commun, la mise au second plan de la notion même de connaissances, c’est le sens et la finalité de l’école qui sont modifiés… Une école où l’on formate des comportements, où l’on fabrique des travailleurs dociles et flexibles, où l’on renonce à former des citoyens éclairés et émancipés.

Le SNES doit mener une réflexion poussée sur les modes et les finalités de l’évaluation des élèves.

  • Prise en charge des élèves en difficulté

Le développement de dispositifs d’alternance collège/ entreprise préparant à l’apprentissage et/ou une sortie sans qualification est un leurre pour les élèves ayant cumulé de graves lacunes. Mais en attendant les effets d’une politique résolue de prévention de l’échec scolaire, il faut tout mettre en œuvre pour maintenir ces élèves au sein du collège, leur éviter tout décrochage, voire une déscolarisation ; pour ce faire, le SNES réclame la mise en place de dispositifs de prise en charge de la difficulté scolaire, des équipes pluri-professionnelles pour croiser les regards et les approches, des moyens spécifiques pour chaque établissement pour permettre les interventions en tout petits groupes, des personnels spécialisés (type RASED) et des COPsy en nombre suffisant.

Migrants

Depuis le changement de gouvernement, et malgré les engagements avancés, la politique en matière d’immigration, de régularisations et d’expulsions de demandeurs d’asile, est demeurée strictement identique à celle qui était menée sous Sarkozy par ses ministres successifs. La FSU est partie prenante de ce combat, et constitue une composante essentielle du Réseau Éducation Sans Frontières. À ce titre, nous exigeons en premier lieu un arrêt immédiat de ces mesures, ainsi qu’un moratoire nécessaire à l’élaboration d’une politique enfin humaine à l’égard de ces populations.

 

Action

Le SNES fera le bilan avec les personnels des propositions avancées par le Ministère. En cas de non satisfaction des revendications, nous proposerons des actions à la hauteur des déceptions, en recherchant la plus grande unité possible et sans exclure le recours à la grève. Le SNES mènera la campagne « Lettre ouverte à François Hollande pour un référendum sur le Pacte budgétaire » lancée à l’initiative d’Attac et de la Fondation Copernic.  


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