Éducation prioritaire : « ECLAIR m’a tuer »

dimanche 29 avril 2012  | 

École, Collège, Lycée, pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite – ECLAIR. Un acronyme pareil, il fallait oser ! Qu’il évoque la foudre qui s’abat sur l’école publique depuis la loi Fillon ou la guerre hitlérienne qui mit fin à tout espoir démocratique en Europe en 1940, le terme est connoté et les communicants du ministère ne l’ignorent pas.

ECLAIR, c’est une circulaire, partiellement neutralisée par le recours du SNES. Depuis, ECLAIR, c’est un « vademecum » sans valeur réglementaire. « Une boite à outils » dit-on au ministère qui voudrait tant faire ressembler chaque établissement à une PME.

C’est surtout une machine de combat qui fait prendre des vessies pour des lanternes. Car en se faisant passer pour un énième avatar de l’éducation prioritaire, ECLAIR met fin au principe qui y présidait : donner plus à ceux qui ont moins. Au ministère on confirme : ECLAIR « n’ouvre plus de guichet à des moyens supplémentaires. » Il n’ouvre pas non plus d’horizon scolaire pour les élèves des quartiers populaires puisque toute visée égalitaire est abandonnée – les élèves « talentueux » seront « repérés », exfiltrés et orientés vers les internats d’excellence1.

ECLAIR encourage aussi l’innovation. Et si les exemples cités par le « vademecum » en matière de pédagogie ou de vie scolaire ont déjà été testés cent fois en ZEP, il est vrai que ça innove sec côté ressources humaines ! On sent même une jubilation d’ex-DRH de l’Oréal dans les trouvailles :

- recrutement sur profil avec lettre de mission liée au contrat d’objectifs local chiffré ;

- préfet des études, expression jésuitisante qui donne un avant-goût du naufrage programmé de la laïcité, comme cette idéologie de l’entreprise qui colonise les esprits ECLAIRés ;

- prime modulable dont le montant est négocié avec le chef d’établissement et dépend autant du « résultat » que du temps de travail.

Tout en ECLAIR contribue à verticaliser les relations au travail là où nous militons depuis tant d’années pour le développement du travail en équipe par nature horizontal. On y lit « l’obsession du chef » et une forme de « bonapartisme scolaire » (C. Lelièvre).

Contre la démocratisation, ECLAIR fait d’une pierre deux coups : renoncement à la lutte contre les inégalités scolaires et accélération de la mise en place du nouveau management public dans l’Éducation nationale.

Toutes les dispositions contenues dans ce programme doivent être résolument combattues.

Sylvain.


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