Mobilisation générale en Espagne contre la réforme du droit du travail

Au-delà d’une grève générale, le sort de l’Europe sociale
dimanche 1er avril 2012  | 

A la veille de l’annonce du budget 2012, marqué par une cure de rigueur sans précédent, des centaines de milliers de personnes ont manifesté en Espagne jeudi 29 mars, point d’orgue de l’exaspération sociale qui grandit sur fond de chômage galopant, de récession et de coupes sociales draconiennes.

Portant de petites pancartes où étaient dessinés des ciseaux, symbole des réductions budgétaires, au moins 100.000 manifestants ont parcouru les avenues du centre de Madrid.

Les manifestants, évalués à 800.000 par les syndicats, défilaient aussi à Barcelone, la deuxième ville du pays, où des violences ont éclaté entre policiers et groupes de jeunes.

Partout ailleurs, la mobilisation était forte, avec 50.000 personnes à La Corogne selon la police, 25.000 à Saint-Jacques de Compostelle selon les syndicats ainsi qu’à Vitoria et Séville, et entre 72.000 et 400.000 dans toute l’Andalousie, suivant les estimations.

Brandissant des pancartes avec les mots « Réforme du travail, NON ! », les piquets de grève s’étaient installés tôt le matin aux portes des usines, des marchés de gros de Madrid et Barcelone, des banques ou des stations de transports en commun, placardant des affichettes annonçant : « Fermé pour cause de grève ».

Les syndicats CCOO et UGT voulaient ainsi dénoncer la réforme du marché du travail déjà appliquée par le gouvernement, avancée comme seul moyen de combattre un chômage qui frappe 22,85% des actifs.

Les syndicats affirment, eux, que cette réforme aura pour seul effet d’aggraver le fléau, alors que le gouvernement espagnol lui-même prévoit la destruction de 630.000 emplois en 2012 et un chômage à 24,3% en fin d’année…

Cette réforme du marché du travail octroie aux chefs d’entreprise un pouvoir inédit en 35 ans de démocratie postfranquiste. Aux sociétés en crise ou menacées de l’être - soit la majorité des entreprises en Espagne - l’allégement ou la suppression de garde-fous permet désormais d’allonger la journée de travail, de réduire les salaires et de licencier plus vite à moindre coût, et même sans motif et sans indemnité pendant la première année contractuelle. En outre, les négociations collectives, outil essentiel du « dialogue social », sont torpillées par la supériorité nouvelle des conventions d’entreprise sur les conventions sectorielles et régionales.


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