La Grèce sauvée ?

Annulation d’une partie de la dette grecque, rééchelonnement jusqu’en 2042, plan d’aide de la Troïka (commission européenne, BCE, FMI)…
mercredi 28 mars 2012  | 

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Le printemps s’installe à la fois sur le calendrier et sur les marchés financiers, ceux-ci bénéficient d’un climat qui porte à l’optimisme. Les indices boursiers remontent. L’impression d’une sortie de crise, d’un scénario moins noir que prévu incite à spéculer de nouveau sur les actions. La hausse appelant la hausse, s’en déduit, un peu rapidement, que la crise est derrière nous.
Cela jusqu’au prochain retournement, jusqu’à la prochaine faillite bancaire. La banque Dexia dont la faillite n’en finit pas suscitant l’intervention des trois Etats, belge, français et luxembourgeois, en fait la démonstration. La banque UBS se trouve aussi dans l’œil du cyclone. Faute d’intervention de l’Etat suisse, elle pourrait, elle aussi, se retrouver en faillite.
En fait cette euphorie sans fondement provient d’une appréhension erronée de la réalité. Les analystes ne savent plus distinguer les tendances, ils raisonnent uniquement – à la manière des marchés financiers – au jour le jour. Les nouvelles (les bonnes, les autres sont ignorées), sont valorisées, isolées. Elles ne sont plus mises en perspective. L’immédiateté domine au détriment de toute capacité de compréhension. Ce constat peut-être fait à propos de l’accord qui a été signé en cette deuxième quinzaine de mars 2012 entre la Grèce et ses créanciers privés.

Un accord sur le fil du rasoir

In extremis, les créanciers privés de la dette publique grecque ont accepté un accord qui, apparemment, leur fait perdre 53,5% du montant nominal des obligations du Trésor grec qu’ils détenaient, y compris pour les obligations détenues par le FESF.
Les seules exceptions à cet effacement de la dette sont venues des banques centrales de la zone euro – qui ont toujours une existence et peuvent acheter des obligations d’Etat, y compris celles de leur propre pays – et de la BCE, lesquelles se sont protégées en échangeant leurs obligations (d’un montant d’environ 56 milliards d’euros) contre de nouveaux titres, cela afin d’éviter de tomber sous le coup des « clauses d’action collectives » qui obligent les 15% de créanciers privés qui n’ont pas signé l’accord à l’appliquer.

Ces obligations, explique Les Echos, ont été financées « par la base monétaire », soit les billets, la monnaie, et font partie de l’arsenal de la politique monétaire.
Du coup, les banques centrales ont pu échanger leurs titres sans annulation et avec une nouvelle date d’émission. Elles vont pouvoir être remboursées sur le capital et percevoir des intérêts. Dans un souci de « moralisation » - l’ironie est de mise –, la BCE a décidé de renoncer à ses bénéfices et coupons, soit l’équivalent de 12 milliards d’euros. C’est beau comme du Sarkozy dans le texte !
Il en est qui gagnent à cet échange, ce sont les sociétés de conseils dont les commissions se monteraient à 40 millions d’euros, dont 25 millions pour Lazard, soit 0,015% de la valeur nominale des titres grecs faisant l’objet de l’échange.
Elles sont à l’origine des divers PSI (« private sector involvement ») qui se sont succédés. Au départ la perte réelle devait être de 21% l’été 2011, soit juste après l’entrée dans la deuxième crise financière depuis août 2007,

Pour arriver à plus de 70%. La dette grecque devrait être ramenée de 160% par rapport au PIB actuellement à 120% en 2020.
Si l’accord a été finalement signé malgré toutes les réticences des opérateurs privés, qui s’étalaient dans tous les journaux économiques, la raison se trouve dans le défaut de paiement de la Grèce prévu le 20 mars.
La Grèce, faute d’annulation et de rééchelonnement, ne pouvait pas faire face aux échéances du service de sa dette. Les créanciers privés risquaient alors de tout perdre, les banques grecques de faire faillite, ainsi que dans leur sillage des grandes banques de la zone euro, et au-delà, possédant dans leur portefeuille des titres de la dette grecque. Mieux valait reporter l’incendie !
Mais sans se donner les moyens de prévenir le futur incendie. Les agences de notation ne s’y trompent pas. Tel Moody’s qui, logiquement, a mis les banques de la zone euro en surveillance négative, et malgré cet accord sur la dette grecque menace de les dégrader.


Documents joints

La Grèce sauvée ? (Nicolas Béniès)
La Grèce sauvée ? (Nicolas Béniès)

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