La Grèce sauvée ?

Annulation d’une partie de la dette grecque, rééchelonnement jusqu’en 2042, plan d’aide de la Troïka (commission européenne, BCE, FMI)…
mercredi 28 mars 2012  | 

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Changement de la nature de la dette grecque

Les modalités de l’échange se traduisent par le remplacement des anciens titres d’une valeur de 100 par de nouveaux d’échéance plus longue (le rééchelonnement) d’une valeur faciale totale de 46,50, se partageant entre 15 euros émises par le FESF et 31,50 euros de nouveaux titres grecs.
Immédiatement mis sur le marché secondaire les nouveaux titres ont connu une décote très importante de l’ordre de 70 à 75%.
Cet accord entre les créanciers privés et le Trésor grec était la condition sine qua non pour que l’UE, la BCE et le FMI débloquent un prêt global de 130 milliards d’euros. Plus de 30 milliards ont été versés par la BCE et l’UE et 28 milliards ont été aussi versés par le FMI dans la troisième semaine de mars.
Le gouvernement grec – en sursis, des élections sont envisagées pour le mois de mai 2012 – a pu faire face au service de sa dette, et ainsi « sauver » ses banques et le système bancaire de la zone euro.
Ces prêts sont conditionnés. Ils servent à payer le service de la dette et à venir au secours des banques grecques et éviter leur faillite. Le gouvernement grec, de par ces conditions, ne peut se servir de ces emprunts publics pour financer des infrastructures, la croissance ou l’industrialisation.
Autrement dit, si les marchés respirent, la Grèce n’est sortie ni de la crise de sa dette ni de la crise économique. Depuis 2009, la récession est profonde. Chute du PIB de 2% en 2009 (par rapport à 2008), de 4,5% en 2010 (par rapport à 2009) et de 7,5% en 2011 (par rapport à 2010). Le pays s’enfonce dans la récession.
Les mesures d’austérité, qui visent à baisser les dépenses publiques et le coût du travail, en déstructurant toutes les solidarités collectives, en baissant brutalement les salaires, les pensions de retraite, les minima sociaux, ne peuvent qu’enfoncer le pays dans la récession.
La Grèce est un laboratoire d’expérimentation de toutes ces politiques répressives qui visent à décomposer toutes les capacités de résistance. Ce sont des politiques de guerre sociale. Plutôt que de ratiociner sur la sortie ou non de l’euro, le mouvement ouvrier devrait discuter de quelles solidarités avec la Grèce construire pour lutter contre toute politique d’austérité.
Le mépris vis-à-vis des populations grecques est profond. La pression du FMI et des experts européens ne se traduit pas seulement dans les domaines financiers et économiques mais aussi sur le terrain de la structure du régime politique.
Le gouvernement grec n’a plus que les apparences du pouvoir. C’est désormais une « task force », sous la direction de Horst Reichenbach, qui a pris en mains la « reconstruction de l’Etat grec ». « Une armée de hauts fonctionnaires experts en collecte fiscale, politique budgétaire, réforme administrative, sécurité sociale, politique foncière » ont été mis en place par la Troïka pour « aider » le gouvernement grec.3 On peut craindre le pire.
Cette armée d’experts conduit la privatisation tout azimut, faisant disparaître services publics et possibilité, pour la Grèce, d’assurer son avenir. Les « biens communs » sont en train de sombrer au moment où il faudrait les développer.
La crise de la zone euro quant à elle est reportée. Mais non réglée. Le Portugal, l’Espagne, l’Irlande du Sud – trois pays en récession – restent fragiles et non à l’abri d’un retour de la spéculation sur leurs dettes publiques.
La conséquence la plus importante de cet accord est un transfert de la dette privée vers la dette publique. L’Union Européenne, la BCE et le FMI se retrouvent en première ligne. Ainsi, avant le plan d’échange, sur les 368 milliards d’euros de la dette grecque, 129 étaient détenus par le secteur public, soit la BCE, UE, FMI, FESF,4 206 par le privé et 33 par des « divers », des inconnus qui devraient faire l’objet d’un audit pour savoir qui ils sont, une partie étant des hedge funds, ces fonds spéculatifs qui ont acheté une partie de la dette grecque.
Après la fin du plan prévu pour le 1er janvier 2015, la dette totale passera à 344 milliards d’euros dont 258 seraient détenus par le secteur public et 62 par le privé, ainsi que 24 pour les « divers ».


Documents joints

La Grèce sauvée ? (Nicolas Béniès)
La Grèce sauvée ? (Nicolas Béniès)

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