Standard & Poor’s dégrade la note de la France et de huit autres pays de la zone euro

Drame ou psychodrame ?
jeudi 26 janvier 2012  | 

ANNEXE :

Sur l’accord du 9 décembre 2011.

Le 9 décembre 2011, « Merkozy » – un néologisme nécessaire pour figurer l’accord des deux gouvernements de droite, allemand et français – a imposé aux pays de l’Union Européenne, à l’exception de la Grande-Bretagne qui a refusé d’y participer, un accord qui jette les bases d’un nouveau traité. Sarkozy a parlé d’une nouvelle Europe, si celle-ci résiste à la crise qui vise en priorité les pays de la zone euro.

Cet accord sanctionne tout manquement à la mise en œuvre des critères du traité de Maastricht et du Pacte de Stabilité en les renforçant sensiblement. Les déficits publics ne pourraient pas dépasser 0,5% du PIB – au lieu du 3% habituellement considéré – sur une période de référence. Une définition de la « règle d’or » qu’il faudrait inscrire dans les Constitutions nationales.
Un renforcement de la discipline budgétaire avec ses conséquences en forme de catastrophe. Réduire les dépenses publiques et augmenter les impôts indirects (sur la consommation, la fameuse TVA dite sociale, voir article d’E. Labaye) conduit inéluctablement à la récession profonde et au risque de dépression type celle des années 1930. Ce spectre hante les éditos des magazines économiques. A juste raison.

L’austérité ne résout ni la question de la dette souveraine, ni à fortiori celle de la croissance. La Grèce est un exemple qu’il faut méditer. Des baisses énormes des dépenses publiques avec comme résultat la poursuite de la crise de la dette et la récession qui s’approfondit.

Pourquoi Merkozy s’obstine-t-il dans cette politique ? Martin Wolff, par ailleurs éditorialiste au Financial Times, répond dans Le Monde Economie du mois de décembre en soutenant l’erreur de diagnostic de gouvernants qui n’ont rien compris à la crise systémique actuelle enfoncés qu’ils sont dans le marasme intellectuel de l’idéologie libérale.
Il n’est pas le seul à prétendre que les élites sont dépassées par la crise. L’incompétence sera l’explication clé de cette politique. Cette vision, trop restreinte, se situe sur le seul terrain de l’économie. Si on élargit l’angle de vue en incluant les luttes sociales, la politique d’austérité prend une autre dimension, celle de la volonté de détruire tous les acquis sociaux, toutes les solidarités collectives pour casser les capacités de résistance des populations.
Dans le même temps, l’idéologie n’est pas loin. La privatisation reste le nec plus ultra de ces politiques pour construire de nouveaux lieux d’accumulation du capital.

La crise de l’euro ne trouve là aucun début de résolution. Au contraire. Les forces centrifuges sont à l’œuvre. En France, la récession est là et s’installe et aura une influence négative sur les déficits publics comme sur la dette.
Standard and Poor’s – l’agence de notation – a dégradé la note de la France, de AAA à AA+, en mettant en avant l’absence de solution pour combattre la crise de l’euro. Derrière, c’est toute la construction européenne qui risque de disparaître. L’enjeu est de taille.

Nicolas BENIES.


[1] Rappelons que ladite agence avait – comme ses alter ego – surévalué les subprimes et, plus récemment, s’était fait remarquer en dégradant la note de la dette souveraine étatsunienne. Elle s’était trompée dans ses estimations de… 2000 milliards de dollars. Elle fait l’objet d’une plainte devant les tribunaux de la part du gouvernement américain. Les Etats-Unis, avec leur AA+ comme la France, n’ont pas vu leur taux d’intérêt baisser. Au contraire, il est moins élevé que celui de l’Allemagne… Nous verrons plus loin pourquoi.

[2] Rappelons que les agences de notation existent, pour les trois plus grandes d’entre elles, S&P’s, Fichte, Moody’s, depuis la fin du 19e siècle. Elles sont nées avec les sociétés anonymes, et du besoin d’évaluer celles-ci pour permettre au « public » d’acheter ou non les actions de ces sociétés. Elles ont ensuite évolué, notant les produits financiers dans le contexte de la déréglementation financière des années 1980 et ont noté ensuite les dettes des Etats. Quinze agences de notation se partagent le marché. Le gouvernement chinois a aussi créé la sienne, mais elle n’est pas – encore ? – reconnue comme légitime par le marché. Elle avait, avant S&P’s, baissé la note de la France.

[3] AFT a été créée le 8 février 2001 pour gérer les besoins de financement de l’Etat, dans le nouveau contexte ouvert par la création de l’euro et l’appropriation par la BCE de la politique monétaire.

[4] Cf. Les Echos des 20 et 21 janvier 2012 sous un titre qui n’a rien à voir : « Les marchés balayent les sanctions de S&P ».

[5] Union Economique et Monétaire, autre nom de la zone euro.

[6] Citation tirée d’une tribune dans Le Monde daté du 19 janvier, signée par André Grjebine et Francesco Saraceno : « La rigueur ne suffit pas. Le diagnostic de S&P est bien mal interprété. »

[7] opus cité.

[8] La dette totale n’est pas la question. Pour les prêteurs, l’important est le service de la dette, la capacité du créancier, de l’emprunteur de faire face au paiement des intérêts, facteur d’augmentation des bénéfices.

[9] La crise de la dette souveraine de la Grèce éclate en mai 2010. Les agences de notation la dégradent. Les taux d’intérêt grimpent. Plus encore, avec une note 3 C, les obligations de la dette grecque sont considérées comme « nocives » et les sociétés d’assurance vie sont obligées de les vendre. Du coup, la décote – la baisse de leur valeur est importante – et atteint, au minimum, 40%. Les hedge funds, des vautours, les rachètent à ce moment là. Ils avaient agi de même lors des précédentes crises de la dette qui avaient touché les pays latino-américains et l’Asie du sud-est.


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