Standard & Poor’s dégrade la note de la France et de huit autres pays de la zone euro

Drame ou psychodrame ?
jeudi 26 janvier 2012  | 

L’analyse de S&P

Comme souvent, les raisons invoquées par les agences de notation sont contradictoires. D’un côté, elles proposent l’approfondissement des politique d’austérité pour améliorer la compétitivité, de l’autre elles en craignent les contrecoups en termes de récession, laquelle peut bloquer toute capacité de payer la dette.
Ces agences ne croient pas que l’accord du 9 décembre 2011 puisse permettre une sortie de crise pour la zone euro. Elles voudraient à la fois que les politiques résolvent la crise de la dette via la baisse des dépenses publiques, la crise économique en luttant contre la récession, et permettent de combler « la divergence de compétitivité entre le noyau de l’UEM [5] et la soi-disant périphérie. » [6]
L’interprétation ne peut pas être unilatérale. Les préconisations de ces agences, un peu comme une grande partie des commentateurs qui n’osent pas rompre avec les politiques d’austérité, voudraient marier l’eau et le feu. Il est des contradictions qui ne peuvent se résoudre. Il faut choisir une voie. Grjebine et Saraceno [7] en choisissent une, la seule possible au niveau économique. Mais ce n’est pas celle des agences de notation.

La dégradation de la note de huit pays est révélatrice de la dimension de la crise actuelle. C’est toute la zone euro qui se trouve, assez logiquement, dans l’œil du cyclone. Ce n’est pas une surprise.
La réplique de la crise financière qui s’est déclarée en août 2011 a comme épicentre la zone euro, contrairement à celle d’août 2007 qui, via les subprimes, touchait d’abord les Etats-Unis.
La zone euro est menacée d’éclatement. L’accord du 9 janvier n’a rien résolu. Il constitutionnaliser les politiques d’austérité. Un non sens politique et économique. Les raisons ne sont pas à rechercher sur le terrain des réponses à la crise. Martin Wolff, dans Le Monde Economie daté du 13 décembre 2011, met en cause la compétence des gouvernements. Ils se sont mis à deux, dit-il, pour se tromper sur le diagnostic et sur les réponses. La crise ne provient pas, contrairement à leurs affirmations, du non respect des critères du traité de Maastricht et du Pacte de Stabilité, d’une augmentation sans frein des dépenses publiques, mais d’un côté de la surproduction et de la baisse de la profitabilité de l’autre.
Wolff, en bon néo keynésien insiste sur la surproduction en proposant une politique de relance, alors que Merkozy, en bons néo libéraux, proposent une politique drastique de lutte contre les déficits publics via soi-disant la lutte contre l’endettement. Or, les politiques d’austérité sont incapables de résoudre la crise de l’endettement et de lutter contre la récession. Elles ont font la démonstration.


[1] Rappelons que ladite agence avait – comme ses alter ego – surévalué les subprimes et, plus récemment, s’était fait remarquer en dégradant la note de la dette souveraine étatsunienne. Elle s’était trompée dans ses estimations de… 2000 milliards de dollars. Elle fait l’objet d’une plainte devant les tribunaux de la part du gouvernement américain. Les Etats-Unis, avec leur AA+ comme la France, n’ont pas vu leur taux d’intérêt baisser. Au contraire, il est moins élevé que celui de l’Allemagne… Nous verrons plus loin pourquoi.

[2] Rappelons que les agences de notation existent, pour les trois plus grandes d’entre elles, S&P’s, Fichte, Moody’s, depuis la fin du 19e siècle. Elles sont nées avec les sociétés anonymes, et du besoin d’évaluer celles-ci pour permettre au « public » d’acheter ou non les actions de ces sociétés. Elles ont ensuite évolué, notant les produits financiers dans le contexte de la déréglementation financière des années 1980 et ont noté ensuite les dettes des Etats. Quinze agences de notation se partagent le marché. Le gouvernement chinois a aussi créé la sienne, mais elle n’est pas – encore ? – reconnue comme légitime par le marché. Elle avait, avant S&P’s, baissé la note de la France.

[3] AFT a été créée le 8 février 2001 pour gérer les besoins de financement de l’Etat, dans le nouveau contexte ouvert par la création de l’euro et l’appropriation par la BCE de la politique monétaire.

[4] Cf. Les Echos des 20 et 21 janvier 2012 sous un titre qui n’a rien à voir : « Les marchés balayent les sanctions de S&P ».

[5] Union Economique et Monétaire, autre nom de la zone euro.

[6] Citation tirée d’une tribune dans Le Monde daté du 19 janvier, signée par André Grjebine et Francesco Saraceno : « La rigueur ne suffit pas. Le diagnostic de S&P est bien mal interprété. »

[7] opus cité.

[8] La dette totale n’est pas la question. Pour les prêteurs, l’important est le service de la dette, la capacité du créancier, de l’emprunteur de faire face au paiement des intérêts, facteur d’augmentation des bénéfices.

[9] La crise de la dette souveraine de la Grèce éclate en mai 2010. Les agences de notation la dégradent. Les taux d’intérêt grimpent. Plus encore, avec une note 3 C, les obligations de la dette grecque sont considérées comme « nocives » et les sociétés d’assurance vie sont obligées de les vendre. Du coup, la décote – la baisse de leur valeur est importante – et atteint, au minimum, 40%. Les hedge funds, des vautours, les rachètent à ce moment là. Ils avaient agi de même lors des précédentes crises de la dette qui avaient touché les pays latino-américains et l’Asie du sud-est.


Navigation par Thèmes